—Je lui dirais qu'Impéria est restée en Amérique, mariée à un millionnaire.

—Mais ne peut-elle pas apparaître au même instant? Ne m'avez-vous pas dit que vous l'attendiez?

—Oui, nous devions nous arrêter ici; j'avais quelqu'un à voir aux environs, un ami qui ne m'attend pas, qui ne saura pas que je suis passé. Voilà qui est décidé, je vais au-devant de ma troupe pour qu'elle n'entre pas dans cette ville. Adieu! merci! Permettez-moi de vous serrer la main et de me sauver bien vite.

—Reprenez votre argent, lui dis-je, puisqu'il ne faut pas que Laurence sache notre entrevue. Vous avez le temps de régler ce compte avec lui.

—C'est juste; adieu encore.

—Est-ce que vous me défendez de vous suivre? J'avoue que j'ai une envie folle de voir Moranbois, Léon…

—C'est-à-dire Impéria? Allons, venez; vous les verrez tous, mais ne leur parlez pas de Laurence.

—C'est entendu.

Je pris mon chapeau, et tous deux de courir vers la campagne. Bellamare, avisant un loueur de voitures, s'arrêta et fit marché avec lui pour un grand omnibus qui fut attelé à la hâte. Nous sautâmes dedans et prîmes la route de Caudebec.

—Cet omnibus, me dit-il, va recevoir mon monde et mon bagage, qui seront transbordés sur le chemin sans que nous ayons à rentrer dans la ville. Je dirai à mes camarades que l'ami que je voulais voir à Duclair n'y demeure plus, que l'auberge est mauvaise et chère, et nous filons tout de suite sur Rouen par Barentin, où nous prenons le chemin de fer.