—Adieu! dit Marcelle. Je vais voir Rose; faites vos réflexions, les miennes sont faites; je ne changerai rien à mes conditions. J'ai un fils, et je n'oublie pas qu'en songeant aux autres, je ne dois pas trop le sacrifier.

—Rasseyez-vous donc, madame Marcelle, et laissons dormir la pauvre Rose. Elle est si malade!

—Allez donc la voir vous-même! dit Marcelle avec feu; vous vous convaincrez qu'elle ne dort pas. Peut-être que ses souffrances vous feront souvenir que vous êtes son père.

—Je m'en souviens, répondit Bricolin effrayé de la pensée que Marcelle pourrait bien changer d'avis s'il lui donnait le temps de la réflexion. Allons, Madame, bâclons cet acte-là, afin de pouvoir en porter la nouvelle à Rose et la guérir.

—J'espère, Monsieur, que vous lui donnerez votre consentement pur et simple, et qu'elle ne saura jamais que je vous l'ai acheté.

—Vous ne voulez pas qu'elle sache que c'est une condition entre nous? Ça m'arrange! Alors, il est inutile qu'elle signe l'écrit.

—Pardon, elle le signera sans le bien comprendre. Ce sera une espèce de dot que j'aurai faite à son fiancé.

—Ça revient au même. Mais, moi, ça m'est égal; Rose est assez raisonnable pour comprendre que je ne pouvais pas la marier si bêtement sans lui en faire retirer quelque avantage dans l'avenir. Mais le paiement, madame Marcelle, vous exigez donc qu'il se fasse comptant?

—Vous m'avez dit que vous étiez en mesure.

—Sans doute, je le suis! Je viens de vendre une grosse métairie qui était trop loin de mes yeux, et dont j'ai touché, il y a huit jours, le paiement intégral; chose qui ne se fait guère dans notre pays; mais c'est un grand seigneur qui m'a acheté ça, et ces gens-là ont du comptant à pleins coffres. C'est un pair de France, c'est monsieur le duc de ***, qui voulait faire un parc sur mes terres et s'arrondir. Ça lui convenait, j'ai vendu cher, comme de juste!