—N'importe, vous avez les fonds?
—Je les ai en portefeuille, en beaux billets de banque, dit Bricolin en baissant la voix. Je vas vous les faire voir pour que vous n'ayez pas de souci.
Et après avoir été fermer les portes au verrou, il tira de sa ceinture un énorme portefeuille de cuir gras et luisant, où s'amoncelait une quantité de billets sur la banque de France. Étonné de l'air indifférent avec lequel Marcelle les comptait:
—Oh! dit-il, ça fait frémir d'avoir tant d'argent que ça à la fois! Heureusement qu'il n'y a plus de chauffeurs, et qu'on peut se risquer à garder ça quelques jours sans le placer. Je porte ça tout le jour sur moi; la nuit, je le mets sous mon oreiller, je dors dessus. Il me tarde tant de m'en débarrasser! Si je n'avais pas fait affaire avec vous tout de suite, j'aurais acheté un coffre de fer pour le serrer, en attendant le placement, car de confier ça à des notaires ou à des banquiers, pas si bête! Aussi, je voudrais que nous pussions bâcler notre marché ce soir, afin de n'avoir plus à garder ce trésor.
—J'espère bien que nous allons terminer de suite, dit Marcelle.
—Mais quoi! sans consulter? et ma femme? et mon notaire?
—Votre femme est ici; quant à votre notaire, si vous l'appelez, il faut que j'appelle aussi le mien.
—Ces diables de notaires gâteront tout, croyez-moi, Madame! J'en sais aussi long qu'eux, et vous aussi, car notre acte est bon, et si nous le faisons enregistrer, il nous en coûtera diablement.
—Passons-nous donc de cette formalité. Je vous vendrai, comme on dit, de la main à la main.
—Un marché si important! ça fait frémir cependant! Mais ceci n'est qu'une promesse après tout: si nous la signions?