—Il est vrai!
—Eh bien, méprisez-vous ma jeunesse? Me jugez-vous incapable d'un sentiment sérieux, et craignez-vous de rajeunir en accordant quelque affection à un enfant?
—Et si j'allais vous vieillir, Émile?
—Eh bien, comme, de mon côté, j'essaierai de vous faire revenir sur vos pas, ce sera une lutte avantageuse pour tous deux. J'y gagnerai en sagesse, à coup sûr, et peut-être y trouverez-vous quelque allégement à vos austères ennuis. Croyez en moi, monsieur de Boisguilbault: à mon âge, on ne sait pas feindre; si j'ose vous offrir ma respectueuse amitié, c'est que je me sens capable d'en remplir les devoirs, et d'apprécier les bienfaits de la vôtre.»
M. de Boisguilbault prit encore la main d'Émile et la serra, cette fois, bien franchement, sans rien répondre.
A la clarté de la lune qui montait dans le firmament, le jeune homme vit une grosse larme briller un instant sur la joue flétrie du vieillard et se perdre dans ses favoris argentés.
Émile avait vaincu; il en était heureux et fier.
La jeunesse d'aujourd'hui professe un dédain odieux pour la vieillesse, et notre héros, tout au contraire, mettait un légitime orgueil à triompher de la réserve et de la méfiance de cet homme malheureux et respectable.
Il se sentait flatté d'apporter quelque consolation à ce patriarche abandonné, et de réparer envers lui l'oubli ou l'injustice des autres.
Il se promena longtemps avec lui dans son beau parc, et lui fit encore des questions dont l'ingénuité confiante ne déplut point au marquis.