—Demain, soit, répondit le jeune homme.
—Oh! non! pas demain, reprit le marquis; c'est lundi, c'est un mauvais jour pour moi; mais mardi. Est-ce convenu?»
Émile accepta avec beaucoup de grâce, mais, au fond de l'âme, il était déjà consterné à l'idée d'un tête-à-tête de quelques heures avec ce mort, et il se repentait d'un élan de compassion auquel il n'avait pas su résister.
M. de Boisguilbault, néanmoins, paraissait sortir de sa peur; il voulut reconduire son hôte jusqu'à la grille où il avait attaché son cheval. «Vous avez là une jolie petite bête, lui dit-il en examinant Corbeau d'un air de connaisseur. C'est un brennoux, bonne race, solide et sobre. Êtes-vous bon cavalier?
—J'ai plus d'habitude et de hardiesse que de science; répondit Émile; je n'ai pas encore eu le temps d'apprendre l'équitation par principes, mais je compte le faire dès que l'occasion sera favorable.
—C'est un noble et salutaire exercice, reprit le marquis; si vous voulez venir me voir quelquefois, je mettrai le peu que je sais à votre service.»
Émile accepta avec politesse l'offre du marquis; mais il ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil sur le fluet personnage qui se posait devant lui en professeur.
«Cet animal est-il bien dressé? demanda M. de Boisguilbault en caressant l'encolure de Corbeau.
—Il est docile et généreux, mais c'est d'ailleurs un ignorant comme son maître.
—Je n'aime pas beaucoup les animaux, reprit le marquis; pourtant je m'occupe quelquefois de ceux-là, et je vous ferai voir d'assez beaux élèves. Voulez-vous me permettre d'essayer les qualités du vôtre?»