—Il n'en croit rien.

—Vous lui avez donc dit ce que je pense de son usine?

—Je le devais.

—Vous avez eu tort, mais c'est fait, et ce qui doit être sera. Allons, Émile, revenons au village et couchez-vous, car je vois bien que vous avez le frisson et que vous sentez d'avoir la fièvre. Va, mon garçon, ne te laisse pas tourner le sang comme ça, et compte un peu sur le bon Dieu! J'irai demain matin à Châteaubrun; je parlerai, moi, et il faudra bien qu'on m'entende. Je te réponds qu'au moins tu n'auras pas le chagrin d'être brouillé avec ceux-là pour avoir fait ton devoir.

—Brave Jean! tu me fais du bien, toi! tu me donnes de la force, et, depuis que tu me parles, je me sens mieux.

—C'est que je vas droit au fait, moi, et ne m'embarrasse pas des choses inutiles.

—Tu iras donc demain à Châteaubrun? dès demain? quoique ce soit un jour de travail?

—Oh! demain: comme je travaille gratis, je peux commencer ma journée à l'heure qu'il me plaira. Savez-vous pour qui je travaille demain, Émile? Voyons, devinez: ça vous fera faire un effort pour sortir de vos soucis.

—Je ne devine pas. Pour M. Antoine?

—Non, Antoine n'a guère de travaux à faire faire, le pauvre compère, et il y suffit tout seul; mais il a un voisin qui n'en manque pas, et qui ne compte guère ses journées d'ouvrier.