—Et s'il vous la refusait, pourtant?
—Il me forcerait à lui désobéir, ce qui me serait pénible, je l'avoue, non à cause de la pénitence de demain, mais parce que je n'aime pas à manquer à mon devoir. Le vieux soldat se fait une loi de sa consigne.»
Au bout de cinq minutes, Fra-Angelo vint rejoindre Michel à l'entrée de l'église.
«Accordé, lui dit-il; mais il m'est enjoint, pour payer ma dette à Dieu, de faire, devant l'autel de la Vierge, un acte de foi et une courte prière. Puisque je me fais dispenser des offices du soir, c'est bien le moins que j'en demande excuse à mon premier supérieur. Viens prier avec moi, jeune homme, cela ne peut te faire de mal et te donnera des forces.»
Michel suivit son oncle au pied de l'autel. Le soleil couchant embrasait les vitraux coloriés et semait de rubis et de saphirs le pavé où s'agenouilla le capucin. Michel s'agenouilla aussi, et le regarda prier avec ferveur et simplicité. Une vitre couleur de feu, dont le reflet frappait précisément sa tête tondue, la faisait paraître lumineuse et comme enflammée. Le jeune peintre fut saisi de respect et d'enthousiasme en contemplant cette noble figure, énergique et naïve, qui s'humiliait de bonne foi dans la prière; et lui aussi, touché jusqu'au fond du cœur, il se mit à prier pour son pays, pour sa famille et pour lui-même, avec une foi et une candeur qu'il n'avait pas connues depuis les jours de son enfance.
XXIII.
IL DESTATORE.
«M'est-il permis, mon bon oncle, de vous demander où nous allons? dit Michel lorsqu'ils se furent engagés dans un sentier étroit et sombre, qui s'enfonçait sous les vieux oliviers de la montagne.
—Parfaitement, répondit Fra-Angelo; nous allons trouver les derniers bandits sérieux de la Sicile.
—Il en existe donc encore?