Le Piccinino se retourna lentement vers Michel et le regarda comme s'il ne l'eût pas encore aperçu; puis, tirant de sa ceinture un stylet richement monté, il le lui présenta avec un imperceptible sourire d'ironie et de dédain, comme pour lui dire: «Vous êtes d'âge et de force à vous défendre vous-même.»
Michel, blessé de la situation où son oncle le plaçait sans son aveu, allait répondre avec vivacité, lorsque Fra-Angelo lui coupa la parole en lui mettant sa main de fer sur l'épaule.
—Tais-toi, mon enfant, dit-il; tu ne sais pas de quoi il s'agit, et tu n'as rien à dire ici. Ami, ajouta-t-il en s'adressant à l'aventurier, si mon neveu n'était pas un homme et un Sicilien, je ne te l'aurais pas présenté. Je vais te dire ce que nous attendons de toi, à moins que tu ne me dises d'avance que tu ne veux pas ou que tu ne peux pas nous servir.
—Père Angelo, répondit le bandit en prenant la main du moine, et en la portant à ses lèvres avec une grâce caressante et un regard affectueux qui changèrent entièrement sa physionomie, quelque chose que ce soit, pour vous je veux toujours. Mais aucun homme ne peut faire tout ce qu'il veut. Il faut donc que je sache ce que c'est.
—Un homme nous gêne...
—J'entends bien.
—Nous ne voulons pas le tuer.
—Vous avez tort.
—En le tuant nous nous perdons; en l'éloignant nous sommes sauvés.
—Il faut donc l'enlever?