Le pauvre Magnani, depuis qu'il avait reçu le message mystérieux de la princesse, était plus mort que vif. Bien différent du Piccinino, il était si loin de concevoir la moindre espérance, qu'il imaginait tout ce qu'il y a de pire. «J'aurai commis une énorme faute, se disait-il, en confiant à Michel le secret de ma folie. Il en aura parlé, avec sa sœur; Mila aura vu la princesse, qui la traite en enfant gâté. Le babillage de cet enfant, qui ne peut comprendre la gravité d'une semblable révélation, aura effrayé et révolté la princesse. Mais pourquoi ne pas me bannir sans explication? Que pourra-t-elle me dire qui ne soit mortellement douloureux et inutilement cruel?»

Cette heure d'attente lui parut un siècle. Il avait froid, il se sentait mourir, quand la porte secrète de la galerie s'ouvrit sans bruit, et qu'il vit approcher la blanche Agathe, pâle des émotions qu'elle venait d'affronter, et diaphane dans sa mante de dentelle blanche. L'immense galerie n'était éclairée que par une petite lampe; il lui sembla que la princesse ne marchait pas, et qu'elle glissait vers lui à la manière des ombres.

Elle s'approcha sans hésitation, et lui tendit la main comme à un ami intime. Et, comme il hésitait à avancer la sienne, croyant rêver ou craignant de se méprendre sur l'intention de ce geste, elle lui dit d'une voix douce, mais ferme:

«Donne-moi ta main, mon enfant, et dis-moi si tu as conservé pour moi l'amitié que tu m'as témoignée une fois, lorsque tu as cru me devoir une vive reconnaissance pour la guérison de ta mère. T'en souviens-tu? Moi, je ne l'ai jamais oublié, cet élan de ton généreux cœur pour moi!»

Magnani ne put répondre. Il n'osa porter à ses lèvres la main d'Agathe. Il la serra doucement dans la sienne en se courbant. Elle sentit qu'il tremblait.

«Tu es fort timide, lui dit-elle; j'espère que, si tu as peur de moi, il n'entre aucune méfiance dans ton embarras. Il faut que je te parle vite; réponds-moi de même. Est-tu disposé à me rendre un grand service, au péril de ta vie? Je te le demande au nom de ta mère!»

Magnani se mit à genoux. Ses yeux remplis de larmes purent seuls répondre de son enthousiasme ou de son dévoûment. Agathe le comprit.

«Tu vas retourner à Catane, lui dit-elle, et courir jusqu'à ce que tu rencontres deux hommes qui sortent d'ici, et qui n'auront pas cinq minutes d'avance sur toi.

«L'un est Michel-Ange Lavoratori; tu le reconnaîtras facilement au clair de la lune. L'autre est un montagnard roulé dans son manteau; tu les suivras sans paraître les observer; mais tu ne les perdras pas de vue. Tu seras prêt, au moindre geste suspect de cet homme, à te jeter sur lui et à le terrasser. Tu es fort, ajouta-t-elle en touchant le bras robuste du jeune artisan; mais il est agile et perfide. Méfie-toi! Tiens, voici un poignard, ne t'en sers que pour ta défense. Cet homme est mon ennemi ou mon sauveur, je l'ignore. Ménage ses jours. Fuis avec Michel, si tu peux éviter une lutte sanglante... Tu demeures dans la même maison que Michel, n'est-ce pas?

—A peu près, Signora.