—Cela? dit-elle en regardant la bague avec un feint étonnement. Il m'est impossible de vous en rien dire.... Mais, je n'entends plus votre voisin, adieu. Tenez, Magnani, vous avez l'air bien fatigué. Vous reposiez quand je suis entrée, vous feriez bien de reposer encore un peu. Il n'y a de danger pour aucun de nous dans ce moment-ci. Il n'y en a pas pour moi, puisque mon père et mon frère sont debout. Il n'y en a pas pour eux, puisqu'il fait grand jour et que la maison est pleine de monde. Dormez, mon brave voisin. Ne fût-ce qu'une heure, cela vous rendra la force de recommencer votre rôle de gardien de la famille.
—Non, non, Mila. Je ne dormirai pas, et je n'en aurai même plus envie; car, quoi que vous en disiez, il se passe encore dans cette maison des choses bizarres, inexplicables. J'avoue que, lorsque le jour commençait à poindre, j'ai eu un instant d'engourdissement. Vous reposiez, vous étiez enfermée, l'homme au manteau était parti. J'étais assis sous votre galerie, me disant que le premier pas qui l'ébranlerait me réveillerait vite si je me laissais vaincre par le sommeil. Et alors, en effet, le sommeil m'a vaincu. Cinq minutes peut-être, pas davantage, car le jour n'avait fait qu'un progrès insensible pendant ce temps-là. Eh bien! quand j'ai ouvert les yeux, j'ai cru voir un pan de robe ou de voile noir, qui passait près de moi et disparaissait comme un éclair. Ma main entr'ouverte à mon côté et pendante sur le banc fit un mouvement vague et fort inutile pour saisir cette vision. Mais il y avait dans ma main, ou à côté, je ne sais lequel, un objet que je fis tomber à mes pieds, et que je ramassai aussitôt: c'était cette bague; savez-vous à qui elle peut appartenir?
—Une si belle bague ne peut appartenir à personne de la maison, répondit Mila; mais je crois pourtant la connaître.
—Et moi aussi, je la connais, dit Magnani: elle appartient à la princesse Agathe. Il y a cinq ans que je la vois à son doigt, et elle y était déjà le jour où elle entra chez ma mère.
—C'est une bague qui lui vient de la sienne; elle me l'a dit, à moi! Mais comment se trouve-t-elle à votre main aujourd'hui?
—Je comptais précisément sur vous pour m'expliquer ce prodige, Mila; c'est là ce que j'avais à vous demander.
—Sur moi? Et pourquoi donc sur moi?
—Vous seule ici êtes assez protégée par la princesse pour avoir reçu ce riche présent.
—Et si je l'avais reçu, dit-elle d'un ton moqueur et superbe, vous pensez que je m'en serais dessaisie en votre faveur, maître Magnani?
—Non, certes, vous n'auriez pas dû le faire, vous ne l'eussiez pas fait; mais vous auriez pu passer sur la galerie et le laisser tomber, puisque j'étais précisément au dessous de la balustrade.