—Cela n'est point! Et, d'ailleurs, n'avez-vous pas vu flotter une robe noire à côté de vous? Est-ce que je suis habillée de noir?
—J'ai pensé pourtant aussi que vous étiez sortie dans la cour pendant cet instant de sommeil qui m'avait surpris, et que, pour m'en punir ou m'en railler, vous m'aviez fait cette plaisanterie. S'il en est ainsi, Mila, convenez-en, la punition était trop douce, et vous eussiez dû m'arroser le visage, au lieu de réserver l'eau de votre aiguière pour mes liserons. Mais reprenez votre bague, je ne veux pas la garder plus longtemps. Il ne me conviendrait pas de la porter, et je craindrais de la perdre.
—Je vous jure que cette bague ne m'a pas été donnée, que je ne suis pas sortie dans la cour pendant que vous dormiez, et je ne prendrai pas ce qui vous appartient.
—Comme il est impossible que la princesse Agathe soit venue ici ce matin...
—Oh! certes, cela est impossible! dit Mila avec un sérieux plein de malice.
—Et pourtant elle y est venue! dit Magnani, qui crut lire la vérité dans ses yeux brillants. Oui, oui, Mila, elle est venue ici ce matin! Je sens que vous êtes imprégnée du parfum que ses vêtements exhalent; ou vous avez touché à sa mantille, ou elle vous a embrassée, il n'y a pas plus d'une heure.»
«Mon Dieu! pensa la jeune fille, comme il connaît tout ce qui tient à la princesse Agathe! comme il devine, quand il s'agit d'elle! Si c'était d'elle qu'il est si amoureux? Eh bien! veuille le ciel que cela soit, car elle m'aiderait à le guérir: elle m'aime tant!»
«Vous ne répondez plus, Mila? reprit Magnani. Puisque vous êtes devinée, avouez donc.
—Je ne sais pas seulement ce que vous avez dit, répondit-elle; je pensais à autre chose... à m'en aller!
—Je vais vous y aider; mais auparavant, je vous prierai de mettre cette bague à votre doigt pour la rendre à madame Agathe, car, à coup sûr, elle l'a perdue en passant près de moi.