—Ne sais-tu donc pas qui je suis?

—Non, je ne le sais pas; personne ne me l'a voulu dire.

—Alors, regarde-moi encore; ose me bien regarder, et tu me connaîtras mieux à mon visage que tous ceux qui te parleraient de moi.»

Il entr'ouvrit son capuchon, et sut donner à son beau visage une expression si rassurante, si affectueuse et si douce, que l'innocente Mila en subit le dangereux prestige.

—Il me semble, dit-elle en rougissant, que vous êtes bon et juste; car si le diable était en vous, il aurait pris le masque d'un ange.

Le Piccinino referma son capuchon pour cacher la voluptueuse satisfaction que lui causait cet aveu naïf sortant de la plus belle bouche du monde.

—Eh bien, reprit-il, suis ton instinct. N'obéis qu'à l'inspiration de ton cœur; sache d'ailleurs que ton oncle de Bel-Passo m'a élevé comme son fils, que ta chère princesse Agathe a remis sa fortune et son honneur entre mes amis, et que, si elle n'était femme, c'est-à-dire un peu prude, elle aurait donné à l'abbé Ninfo ce rendez-vous nécessaire.

—Mais je suis femme aussi, dit Mila, et j'ai peur. Pourquoi ce rendez-vous est-il si nécessaire?

—Ne sais-tu pas que je dois enlever l'abbé Ninfo? Comment puis-je m'en emparer au milieu de Catane, ou aux portes de la Villa-Ficarazzi? Ne faut-il pas que je le fasse sortir de son antre, que je l'attire dans un piége? Son mauvais destin a voulu qu'il se prît pour toi d'un amour insensé...

—Ah! ne dites pas ce mot d'amour à propos d'un tel homme, cela me fait horreur. Et vous voulez que j'aie l'air de l'encourager! J'en mourrai de honte et de dégoût.