—Adieu Mila, dit le bandit, en feignant de vouloir se relever. Je vois que tu es, en effet, une femme comme les autres, un être faible et vain, qui ne songe qu'à se préserver, sans se soucier de laisser flétrir et frapper autour de soi les têtes les plus sacrées!

—Eh bien, non, je ne suis pas ainsi! reprit-elle avec fierté. Je sacrifierai ma vie à cette épreuve; car, quant à mon honneur, je saurai mourir avant qu'on y attente.

—A la bonne heure, ma brave fille! c'est parler comme il convient à la nièce de Fra-Angelo. Au reste, tu me vois fort tranquille sur ton compte, parce que je sais qu'il n'y a point de danger pour toi.

—Il y en a donc pour vous, Seigneur? Si vous y succombez, qui me protégera contre ce moine?

—Un coup de poignard..., non pas dans ton beau sein, pauvre ange, comme tu nous en menaces, mais dans la gorge d'un animal immonde, qui n'est pas digne de périr de la main d'une femme, et qui ne s'y exposera même pas.

—Et où faut-il lui donner ce rendez-vous?

—A Nicolosi, dans la maison de Carmelo Tomabene, cultivateur, que tu diras être ton parent et ton ami. Tu ajouteras qu'il est absent, que tu as les clefs de sa maison, un grand jardin couvert où l'on entre sans être vu, en descendant par la gorge de Croce del Destator. Tu te souviendras de tout cela?

—Parfaitement; et il y ira?

—Il y viendra, sans nul doute, et sans se douter que ce Tomabene est fort lié avec un certain Piccinino qu'on dit chef de bandes, et auquel il a offert hier la fortune d'un prince, à la condition d'enlever ton frère et de l'assassiner au besoin.

—Sainte Madone, protégez-moi! Le Piccinino! J'ai entendu parler de lui; c'est un homme terrible. Est-ce qu'il viendra avec vous? Je mourrais de peur si je le voyais!