—Et pourtant, dit le bandit, charmé de découvrir que Mila était si peu au courant de l'aventure, je gage que, comme toutes les jeunes filles du pays, tu meurs d'envie de le voir.

—J'en serais curieuse parce qu'on le dit si laid! Mais je voudrais être sûre qu'il ne me vît point.

—Sois tranquille, il n'y aura que moi, moi tout seul, chez le paysan de Nicolosi. As-tu peur de moi aussi, voyons, enfant que tu es? Ai-je l'air bien redoutable? bien méchant?

—Non, en vérité! Mais pourquoi faut-il donc que j'aille à ce rendez-vous? Ne suffit-il pas que j'y envoie l'abbé... je veux dire le moine?

—Il est méfiant comme le sont tous les criminels; il n'entrera jamais dans le jardin de Carmelo Tomabene s'il ne t'y voit promener seule. En venant une heure d'avance, tu ne risques point de le rencontrer en chemin; d'ailleurs, viens par la route de Bel-Passo que tu connais sans doute mieux que l'autre. As-tu jamais été à Nicolosi?

—Jamais, Seigneur; y a-t-il bien loin?

—Trop loin pour tes petits pieds, Mila; mais tu sais bien te tenir sur une mule?

—Oh! oui, je le crois.

—Tu en trouveras une parfaitement sûre et douce, derrière le palais de Palmarosa; un enfant te la présentera avec une rose blanche pour mot de passe; mets la bride sur le cou de cette bonne servante, et laisse-la sans crainte marcher vite; en moins d'une heure elle t'amènera à ma porte sans se tromper, et sans faire un faux pas, quelque effrayant que te paraisse le chemin qu'il lui plaira de choisir. Tu n'auras pas peur, Mila?

—Et, si je rencontre l'abbé?