—De la part du vilain moine, je vous en réponds sur ma vie. Mais vous n'en avez donc pas soupçonné d'autres?

—Si fait, dit Mila après avoir réfléchi un instant. Vous avez prononcé à la fontaine un nom qui m'a fait grand'peur. Vous avez parlé comme si vous étiez lié avec le Piccinino. Mais vous m'avez dit encore une fois, ensuite: «Viens sans crainte;» et je suis venue. Non pas sans crainte, je le confesse, tant que j'ai été seule sur les chemins. Quand je sortirai d'ici, je crois bien que j'aurai peur encore; mais, tant que je suis avec vous, je ne crains riens; je me sens très-brave, et il me semble que si on nous attaquait, j'aiderais à notre mutuelle défense.

—Même contre le Piccinino?

—Ah! cela, je n'en sais rien... Mais, mon Dieu! est-ce qu'il va venir?

—S'il venait ici, ce serait pour punir le moine et pour vous protéger. Pourquoi donc avez-vous si grand'peur de lui?

—Après tout, je n'en sais rien; mais chez nous, quand une jeune fille s'en va seule par la campagne, on se moque d'elle, et on lui dit: «Prends garde au Piccinino!»

—Vous pensez alors qu'il égorge les jeunes filles?

—Oui, seigneur, car on dit que là où il les mène, elles n'en reviennent jamais, ou que si elles en reviennent, il vaudrait mieux pour elles d'y être restées.

—Ainsi, vous le haïssez?

—Non, je ne le hais pas, parce qu'on dit qu'il fait beaucoup de mal aux Napolitains, et que si on avait le courage de l'aider, il ferait beaucoup de bien à son pays. Mais j'ai peur de lui, ce qui n'est pas la même chose.