—Vous devriez le savoir.
—En ce cas, je suis tranquille. Elle ne voudrait pas la mort du dernier des hommes.
—Mila, vous êtes bien miséricordieuse, et je vous aurais crue plus forte et plus fière. Ainsi, vous n'auriez pas le courage de tuer cet homme s'il venait ici vous insulter?
—Pardon, seigneur, dit Mila en tirant de son sein un poignard que la princesse avait donné la veille à Magnani, et dont elle avait trouvé moyen de s'emparer sans qu'il s'en aperçut: de sang-froid, je ne pourrais pas voir égorger un homme sans m'évanouir, je crois; mais offensée, je crois aussi que ma colère me mènerait loin.
—Ainsi, vous étiez armée en guerre, Mila? vous n'avez donc pas confiance en moi?
—Comme en Dieu, seigneur; excepté que Dieu est partout, et qu'un malheur imprévu pouvait vous empêcher d'être ici.
—Savez-vous que c'est fort brave de votre part, Mila, d'être venue? et que si on le savait...
—Eh bien! seigneur?
—Au lieu d'admirer votre héroïsme, on blâmerait votre imprudence.
—Il y a une chose que je sais fort bien, reprit Mila, avec une sorte d'enjouement exalté; c'est que, si on me savait enfermée ici, avec vous, je serais perdue.