—Le fait est que je n'ai nulle envie de me coucher si tôt, et que le père ne m'a pas défendu d'écouter et de regarder de loin ce qui se passe la-bas! Oh! que cela doit être beau! On voit bien mieux de ta fenêtre que de la mienne, Michel; laisse-moi donc rassasier mes yeux de cette grande clarté si réjouissante!
—Non, petite. La brise est fraîche cette nuit, et tu es à peine vêtue. Je vais fermer la fenêtre et me coucher. Fais-en autant, bonsoir.
—Tu vas te coucher, toi; et tu viens de t'habiller! à quel propos, je te prie? Michel, tu me trompes, tu vas voir le bal, tu vas y entrer! Je parie que tu es invité, et que tu ne m'en dis rien!
—Invité! on n'invite pas les gens comme nous à de pareilles fêtes, ma pauvre petite! Quand nous entrons là, c'est comme ouvriers et non comme amis.
—Qu'est-ce que cela fait, pourvu qu'on y soit? Tu y entreras donc? Oh! que je voudrais être à ta place!
—Mais quelle est donc cette rage de voir?
—Voir ce qui est beau, Michel, n'est-ce pas tout? Quand tu dessines une belle figure, j'ai du plaisir à la regarder peut-être plus que toi qui l'as faite.
—Mais si tu étais là, ce serait à la condition de te tenir cachée dans quelque petite niche, car si l'on te voyait on te ferait sortir; tu ne pourrais ni danser, ni te montrer!
—Fort bien; mais je verrais danser, ce serait beaucoup.
—Tu es un enfant. Bonsoir.