—Et qu'a-t-elle pu te dire, à toi, enfant, durant toute une journée?

—Elle m'a fait mille questions, sur moi, sur mon père, sur toi, sur notre séjour à Rome, sur tes occupations, sur notre vie de famille, sur nos goûts. Je crois qu'elle m'a fait raconter notre histoire, jour par jour, depuis que je suis au monde; à tel point que j'étais fatiguée, le soir, d'avoir tant parlé.

—Elle est donc terriblement curieuse, cette dame; car, que lui importe tout cela?

—Tu m'y fais songer; oui, je la crois un peu curieuse; mais il y a du plaisir à lui répondre: elle vous écoute avec tant d'intérêt, et elle est si aimable! Tiens, ne m'en dis pas de mal, je me fâcherais contre toi!

—Eh bien, n'en parlons plus, et Dieu me préserve de te faire connaître la méfiance et la crainte, à toi, mon beau cœur d'ange! Va te coucher; mon père m'attend. Demain, nous causerons encore de ton aventure, car c'est déjà une aventure merveilleuse dans ta vie que cette grande amitié contractée avec une belle princesse...qui ne pense pas plus à toi, à l'heure qu'il est, qu'à la dernière paire de pantoufles qu'elle a mise... N'importe! ne prends pas un air offensé. Dans un jour de solitude et de désœuvrement, il se pourra que la princesse de Palmarosa te fasse venir pour s'amuser encore de ton caquet.

—Vous ne savez pas ce que vous dites, Michel. La princesse n'est point désœuvrée, et, si vous voulez le prendre ainsi, je vous dirai que, quoique bonne, elle passe pour être assez froide avec les gens comme nous. Les uns disent qu'elle est haute, d'autres qu'elle est timide. Le fait est qu'elle parle toujours avec douceur et politesse aux ouvriers et aux serviteurs qui l'approchent, mais qu'elle leur parle si peu, si peu!... qu'en vérité elle est renommée pour cela, et que des gens qui ont travaillé pour elle, durant des années, n'ont pas su la couleur de ses paroles et l'ont à peine vue dans sa propre maison. Ainsi, son amitié pour mon père et pour moi n'est pas banale; c'est de l'amitié véritable, et vos moqueries ne m'empêcheront pas d'y compter. Bonsoir, Michel, je ne suis pas trop contente de toi, ce soir; je ne t'ai jamais vu cet air railleur. Tu as l'air de me dire que je ne suis qu'une petite fille et qu'on ne peut pas m'aimer!

—Ce n'est pas là ma pensée, en ce qui me concerne, toujours! puisque, toute petite fille que tu es, je t'adore!

—Comment dis-tu cela, mon frère? Tu m'adores? c'est beau, ce mot-là. Embrasse-moi.»

L'enfant vint se jeter dans ses bras. Michel l'y pressa tendrement, et comme elle appuyait sa belle tête brune sur son épaule, il baisa les longs cheveux qui retombaient sur le dos à demi nu de la jeune fille.

Mais tout à coup il la repoussa avec un frémissement douloureux. Toutes les pensées brûlantes qui avaient agité son cerveau une heure auparavant se présentaient à lui comme un remords, et il lui semblait que ses lèvres n'étaient plus assez pures pour bénir sa petite sœur.