—On dit pourtant aujourd'hui que vous allez vous réconcilier avec le monde, et que cette fête splendide à laquelle vous a décidé l'amour des bonnes œuvres, va vous donner le goût d'en donner ou d'en voir d'autres. Enfin, c'est un bruit que vous allez changer toutes vos habitudes, et reparaître comme un astre trop longtemps éclipsé.
—Et pourquoi dit-on une si étrange chose?
—Ah! pour vous répondre, il faudrait que je me fisse l'écho de tous les éloges que vous n'avez pas voulu recueillir, et je n'ai pas l'habitude de vous dire même des vérités, quand cela pourrait ressembler à des fadeurs.
—Je vous rends cette justice, et je vous autorise, ce soir, à me redire tout ce que vous avez entendu.
—Eh bien! l'on dit que vous êtes encore plus belle que toutes celles qui se donnent de la peine pour le paraître; que vous effacez les femmes les plus brillantes et les plus admirées, par une certaine grâce qui n'appartient qu'à vous, et par un air de simplicité noble qui vous gagne tous les cœurs. On recommence à s'étonner que vous viviez dans la solitude, et... faut-il tout dire?
—Oui, tout absolument.
—On dit (je l'ai entendu de mes oreilles, en coudoyant des gens qui ne me croyaient pas si près): «Quelle fantaisie singulière a-t-elle donc de ne pas épouser le marquis de la Serra?»
—Allez, allez, marquis, dites encore, ne craignez rien; on dit sans doute que j'ai d'autant plus de tort que vous êtes mon amant?
—Non, Madame, on ne dit point cela, répondit le marquis d'un ton chevaleresque, et on ne le dira point tant qu'il me restera une langue pour le nier et un bras pour venger votre honneur.
—Excellent et admirable ami! dit la princesse en lui tendant la main; tu prends cela trop au sérieux. Je parie bien que tout le monde dit et pense que nous nous aimons.