Michel jeta les yeux sur le journal, et vit qu'il était question d'éclairer les principales rues de Catane au gaz hydrogène.

—Vive Dieu! s'écria Pier-Angelo; voir l'Etna à la clarté du gaz! Que ce sera beau!

Et de joie, il fit sauter son bonnet au plafond.

—Il y a encore une nouvelle, dit le jeune homme en parcourant le journal. «Le cardinal-prince Ieronimo de Palmarosa a été obligé de suspendre l'exercice des fonctions importantes que le gouvernement napolitain lui avait confiées. Son Éminence vient d'être frappée d'une attaque de paralysie qui a fait craindre pour ses jours. En attendant que la science médicale puisse se prononcer sur la situation morale et physique de ce noble personnage, le gouvernement a confié ses fonctions provisoirement à Son Excellence le marquis de...»

—Et que m'importe à qui? s'écria Pier-Angelo en arrachant le journal des mains de son fils avec un enthousiasme extraordinaire, le prince Ieronimo va rejoindre son frère Dionigi dans la tombe, et nous sommes sauvés!...» Puis, essayant d'épeler lui-même le nom du prince Ieronimo, comme s'il eût craint une méprise de la part de son fils, il lui rendit le papier public, en lui disant de relire bien exactement et bien lentement le paragraphe.

Quand ce fut fait, Pier-Angelo fit un grand signe de croix:

—O Providence! s'écria-t-il, tu as permis que le vieux Pier-Angelo vit l'extinction de ses persécuteurs, et qu'il pût retourner dans sa ville natale! Michel, embrasse-moi! cet événement n'a pas moins d'importance pour toi que pour moi-même. Quoi qu'il arrive, mon enfant, souviens-toi que Pier-Angelo Lavoratori a été pour toi un bon père!

—Que voulez-vous dire, mon père? courez-vous encore quelque danger? Si vous devez retourner en Sicile, je vous y suivrai.

—Nous parlerons de cela, Michel. En attendant, silence!... Oublie même les paroles qui me sont échappées.»

Deux jours après, Pier-Angelo pliait bagage et partait pour Catane avec sa fille. Il ne voulut pas emmener Michel, quelque instance que ce dernier pût lui faire.