—A un autre? Que veux-tu dire?

—Regarde-le, répondit Pier-Angelo. Michel a raison, il a une mauvaise figure. Tu dois le connaître. Il se tient là-bas tout seul, sous l'estrade des musiciens.

—A sa taille et à sa démarche, je ne le reconnais pour aucun frère de mon couvent. Pourtant, il a la robe d'un capucin. Mais en quoi cela peut-il vous intéresser?

—C'est que nous trouvons, répondit Pierre en baissant la voix, qu'il ressemble à l'abbé Ninfo.

—En ce cas, allez-vous-en, dit vivement Fra-Angelo; moi, je vais lui adresser la parole, et je saurai bien ce qu'il est et ce qu'il vient faire ici.

—Oui, oui, partons, répondit Pier-Angelo. Enfants, passez devant. Je vous suis.»

Michel prit le bras de sa sœur sous le sien, et fut bientôt sur le chemin de Catane.

«Il paraît, dit Mila à son frère, que cet abbé Ninfo nous en veut et peut nous faire du mal? Sais-tu pourquoi, Michel?

—Pas très-bien; mais je me méfie d'un homme qui se déguise, apparemment pour espionner. Que ce soit à propos de nous ou de tout autre, le mystère cache ici de mauvais desseins.

—Bah! dit l'insouciante Mila après un moment de silence, ce n'est peut-être qu'un moine comme les autres. Il se tenait à l'écart et furetait dans les coins, comme quelques-uns font souvent après le passage des foules dans les processions et les fêtes, pour voir s'ils ne trouveraient pas quelque bijou perdu... Alors, ils le ramassent sans rien dire, et portent cela à leur couvent, pour le rendre, moyennant une ou deux messes bien payées, ou pour découvrir quelque secret d'amour; car ils sont, en général, assez curieux, ces bons pères!