—Ne vous moquez pas de moi, je vous en prie, dit Mila avec fierté.» Mais elle devint pâle, et, voulant s'asseoir avec calme, elle tomba suffoquée sur sa chaise.
Magnani croyait si peu qu'il pût être à ses yeux autre chose qu'un ami, et le sentiment qu'il éprouvait pour elle était si calme, qu'il ne songea plus à la quitter. Il s'approcha sans autre émotion que celle d'un tendre intérêt, s'assit à ses pieds sur un coussin de paille tressée, et, prenant ses mains dans les siennes, il l'interrogea avec une sorte d'autorité paternelle.
La pauvre Mila fut si troublée qu'elle n'eut pas la force de le repousser. C'était la première fois qu'il lui parlait d'aussi près et avec une affection si marquée. Oh! qu'elle eût été heureuse sans les fatales paroles que Michel lui avait dites!
Mais ces paroles retentissaient encore à ses oreilles, et Mila était trop fière pour laisser soupçonner son secret. Elle fit un grand effort sur elle-même, et répondit en souriant que son chagrin avait peu d'importance et ne venait que d'une petite querelle qu'elle venait d'avoir avec son frère.
«Une querelle avec vous, mon pauvre ange? lui dit Magnani en l'examinant avec attention, est-ce possible? Oh non! vous me trompez. Michel vous aime plus que tout au monde, et il a bien raison. Si vous vous étiez querellés, il serait là, comme moi, à vos pieds, et plus éloquent que moi pour vous consoler; car il est votre frère, et je ne suis que votre ami. Mais, quoi qu'il en soit, je vais chercher Michel; je lui ferai de grands reproches s'il a quelque tort... Mais il suffit qu'il vous voie abattue et changée comme vous l'êtes, pour qu'il en ait plus de douleur que vous-même.
—Magnani, répondit Mila en le retenant comme il se levait, je vous défends d'aller chercher Michel. Ce serait donner trop d'importance à un enfantillage. N'y faites plus attention, et n'en parlez ni à lui, ni à mon père. Je vous assure que je n'y pense déjà plus, et que, ce soir; mon frère et moi serons parfaitement réconciliés.
—Si ce n'est qu'un enfantillage, dit Magnani en s'asseyant auprès d'elle, vous avez une sensibilité trop vive, ma bonne Mila. J'ai des sœurs aussi, et quand j'étais moins raisonnable, quand j'avais l'âge de Michel, je les taquinais un peu. Mais elles ne pleuraient pas; elles me rendaient mes malices avec usure, et j'avais toujours le dessous.
—C'est qu'elles ont de l'esprit, et qu'apparemment je n'en ai point assez pour me défendre, répondit tristement Mila.
—Vous avez beaucoup d'esprit, Mila, je l'ai fort bien remarqué; vous n'êtes pas pour rien la fille de Pier-Angelo et la sœur de Michel, et vous êtes mieux élevée que toutes les jeunes personnes de votre classe. Mais vous avez encore plus de cœur que d'esprit, puisque vous ne savez vous défendre qu'avec vos larmes!»
Les éloges de Magnani faisaient à la fois du bien et du mal à la jeune fille. Elle était flattée de voir qu'en n'ayant point l'air de s'occuper d'elle, il l'avait assez observée pour savoir lui rendre justice. Mais le calme bienveillant de ses manières lui disait assez que Michel ne l'avait pas trompée.