Julien tressaillit de joie, croyant toucher à la solution de tous ses doutes. Dans son âme rigide, le besoin d'estimer était bien plus grand que le besoin d'aimer; aussi cette parole de Quintilia lui fut-elle plus douce qu'une parole d'amour.
«Oh! Oui, s'écria-t-il ingénument, donnez-les-moi ces preuves, afin que je pleure de repentir à vos genoux, afin que je vous respecte et vous bénisse à jamais. Oui, oui, prouvez-moi que vous êtes vraie, et je ferai tout ce que vous voudrez. Je resterai toute ma vie à votre service; j'étoufferai mon amour dans mon sein plutôt que de vous en importuner jamais.»
Il s'arrêta, car il vit le regard de Quintilia s'attacher à lui avec froideur et une sorte de dédain. Il y eut un instant de silence si pénible à Julien, qu'il se mit à marcher avec agitation dans la chambre.
La princesse reprit sa marche calme et lui dit, en lui montrant une grande cassette de bois de santal incrustée de nacre:
«Je puis ouvrir le coffre que voici et vous donner des preuves irrécusables de la loyauté de toute ma vie. Je pourrais vous montrer en moins de cinq minutes sur quoi se fondent toutes les calomnies débitées contre moi, et à quel point les secrètes vanteries de Lucioli, et celles de bien d'autres avant lui, ont été vaines et odieuses. Mais en sommes-nous là, Julien, et votre amitié est-elle à ce prix?»
Julien n'osa répondre; il pâlit et resta immobile.
«M'avez-vous jamais vue faire quelque chose de mal?
—Non, Madame, je n'ai rien vu de tel, répondit-il.
—Ai-je jamais exprimé une idée basse? ai-je montré un sentiment vil durant six mois que nous avons passés tête à tête dans mon cabinet?
—Non, Madame.