«Quant à la question que Votre Excellence m'a dit tenir en réserve en cas de refus définitif de ma part, je demande en grâce qu'elle me soit exposée sur-le-champ; car des occupations du plus grand intérêt pour moi vont me forcer à faire un petit voyage en Italie. Ce sera pour moi un grand regret que de voir abréger le séjour de Votre Excellence dans mes États, et j'aurais vivement désiré qu'il me fût permis d'en jouir plus longtemps.»
—Ajoutez les formules d'usage, dit la princesse à Saint-Julien, et puis donnez-moi votre plume.»
Quand elle eut signé et fait mettre le nom du duc de Gurck sur l'adresse, elle sonna, et le page se présenta.
«Portez cette lettre à M. de Gurck, lui dit-elle, et rapportez-moi la réponse. S'il demande à me voir, dites que c'est impossible.»
Galeotto fut frappé de l'air froid et absolu de la princesse. Il eut besoin de rassembler tout son courage pour lui faire entendre qu'il avait un message secret pour elle.
«Je n'ai pas de secrets où vous puissiez être pour quelque chose, reprit-elle sèchement. Parlez devant M. de Saint-Julien, je vous le permets.»
Le page hésita; elle ajouta: «Je vous l'ordonne.»
Galeotto, banni des appartements particuliers depuis plusieurs jours sans en savoir la cause, avait beaucoup compté sur le moment où il lui serait permis d'approcher de la princesse. Il avait fait part a Julien de l'intention où il était de nuire au comte de Steinach, tout en feignant de le servir et tout en travaillant pour son propre compte. Mais, quoique ces projets ne fussent point un secret pour lui, il était vivement contrarié de l'avoir pour témoin de sa conduite. Rien ne paralyse la ruse comme l'œil d'un juge prêt à censurer notre maladresse ou à s'effrayer de notre perfidie.
Néanmoins il fallait parler. Il donna quelques mots d'une explication moitié plaisante, moitié mystérieuse, et finit en tirant de son sein une lettre renfermée sous trois enveloppes.
Mais Quintilia, devant qui le page avait mis un genou en terre, n'avança point la main pour recevoir la lettre, et lui ordonna de la décacheter et de la lire tout haut.