Ginetta l'interrompit, et s'adressant à Quintilia:

«Votre Altesse ne se souvient-elle plus de cet homme qui voulait absolument lui parler?

—Non, dit la princesse avec un sang-froid imperturbable. Que voulait-il? ne l'avais-tu pas payé?

—Il m'avait beaucoup priée de le recommander à Votre Altesse, à laquelle il voulait vendre une pendule à musique, mais elle était laide et de mauvais goût.

—Ah! dit la princesse d'un ton d'indifférence et de distraction; en ce cas, Julien, mets-toi à écrire; et toi, Gina, laisse-nous.»

Elle semblait n'avoir pas pris le moindre intérêt à cette délicate explication, et pourtant Saint-Julien se disait: «Il y a quelque chose là-dessous. Spark lui-même aurait été frappé de la rougeur de Ginetta.» Il prit sa plume et commença sous la dictée de la princesse.

«Monsieur le duc,

«Votre personne est charmante, votre esprit supérieur et votre emploi magnifique. Je compte écrire directement à votre auguste souverain, et le remercier de vous avoir choisi pour remplir cette importante et agréable mission auprès de moi. Il m'est impossible de vous voir aujourd'hui; et d'ailleurs j'ai besoin, pour répondre aux propositions de Votre Excellence, du plus grand calme et de la plus austère réflexion. Je craindrais de subir l'influence expansive de votre esprit en traitant de vive voix une question si grave. Après mûre délibération, je me crois donc autorisée, par ma conscience et ma volonté, à refuser positivement l'alliance qui m'est offerte. Mes opinions sont invariables sur ce point, et vous les connaissez. La liberté de fait établie par moi, souverain absolu en vertu de pouvoirs absolus, etc., etc....»

Saint-Julien écrivit sous sa dictée plusieurs lignes qu'il aurait pu tracer de lui-même, tant il était au fait des systèmes du potentat femelle de Monteregale.

Quand il eut terminé la partie politique de cette lettre (et nous en ferons grâce au lecteur, comme d'une chose étrangère à cette histoire), il continua sous la dictée de la princesse: