Un chercheur de trésors, qui voyait le nain sauter devant lui en l'entraînant dans une ronde magnétique et en lui disant sans cesse d'une petite voix aigre: Tourne, tourne, l'arrêta court en lui répondant: Je tourne, je retourne et je détourne. Le lutin ne comprit pas, et, pensant que c'était là une formule au-dessus de son savoir, il lâcha l'homme, sauta sur la pierre et la fit danser si fort et tourner si vite qu'il en sortait du feu. L'homme n'osa pas en approcher, mais il put se retirer sans être suivi. Seulement, le nain lui avait imprimé un tel mouvement de rotation, en le faisant valser avec lui autour de la pierre endiablée, qu'il rentra chez lui toujours tournant sur lui-même comme une toupie lancée, et alla tomber de fatigue à la porte de sa maison.
Le casseu' de bois
Malheur à la ramasseuse de bois qui rencontre sur son chemin l'homme de fer rouge! Ravageant les arbres de la forêt, il ne permet pas que les humains profitent de ses dégâts.
Maurice SAND.
Le pauvre paysan est quelquefois un charmant poète, témoin cette fable où il plaisante sa propre misère avec une si douce mélancolie:
«Au mois d'avril, la ruiche (le rouge-gorge) et le roi-Berthault (le roitelet) se rencontrèrent aux bois et se demandèrent leurs portements.—Ça va très bien, Dieu merci, dit la ruiche; j'ai passé un bon hiver.—Et moi de même, dit le roi-Berthault; j'ai passé l'hiver chez le bûcheron et je me suis diantrement chauffé! Ces gens-là font des feux, si vous saviez, ma chère! Ils vous font brûler des bûches aussi grosses que ma jambe!—Vrai? dit la ruiche émerveillée. Eh bien! moi, j'ai mangé mon saoul chez le laboureur! Il avait du blé dans son grenier, oh! mais du blé! Debout sur le plancher, j'en avais jusqu'au ventre!»
Les hallucinations du paysan qui, aussi bien que ses traditions, donnent souvent lieu à des croyances et à des légendes, prouvent que s'il est généralement privé du sens d'une clairvoyante observation, il a la faculté extraordinairement poétique de personnifier l'apparence des choses et d'en saisir le côté merveilleux. Les reflets embrasés du soleil couchant sous les grands ombrages ont donné naissance à l'homme de feu ou de fer rouge, ou tout simplement de bois de vergne[12], qui court de tige en tige, brisant ou embrasant. C'est lui qui, dans la nuit, allume ces terribles incendies où sont dévorées des forêts entières et dont la cause, trop souvent attribuée à la malveillance, reste toujours très mystérieuse. Disons, en passant, que la chute des aérolites peut expliquer bien des choses et que le paysan de nos jours commence à s'en rendre compte. L'an dernier, une femme de la Berthenoux tricotait devant sa porte, quand elle vit une lumière à rendre aveugle et entendit un bruit à rendre sourd. En une minute, sa maison fut en feu; elle n'eut que le temps de sortir son enfant qui dormait, et vit brûler sa pauvre demeure avec une rapidité qui tenait du prodige. «Ce n'était pas, dit-elle, un feu comme un autre; j'ai bien vu quelque chose tomber du ciel; mais ce n'était pas le feu ordinaire du ciel; l'air était tranquille et il n'y avait pas d'orage du tout.» Le fait fut constaté par de nombreux témoins et personne ne songea à accuser la pauvre femme de s'être vouée au diable ou d'avoir encouru la colère du ciel. Il y a cent ans, les choses se fussent passées autrement. La malheureuse eût été maudite et repoussée de tous, ou bien ses voisins eussent été accusés de sortilège. Il y a deux cents ans, quelqu'un, à coup sûr, eût été brûlé pour ce fait, soit la victime de l'incendie, soit le premier passant qui eût éternué de travers au moment du sinistre.
L'homme de feu est aussi nommé casseu' de bois. Il prend diverses apparences et joue divers rôles, selon les localités. Il n'est pas toujours flamboyant et incendiaire et se fait entendre plus souvent qu'il ne se montre. Dans les nuits brumeuses, il frappe à coups redoublés sur les arbres, et les gardes-forestiers, convaincus qu'ils ont affaire à d'audacieux voleurs de bois, courent au bruit et aperçoivent quelquefois le pâle éclair de sa puissante cognée. Mais, chose étrange, ces grands arbres que l'on entendait crier sous ses coups et qu'on s'attendait à trouver profondément entaillés, n'en portaient pas la moindre trace. Le casseu', ou le coupeu', ou le batteu', car le fantôme porte tous ces noms, est quelquefois le génie protecteur de la forêt qu'il a prise en affection. Il faut se garder de toucher aux arbres sur lesquels il a frappé pour avertir de sa prédilection.
On sait que des troncs pourris émane quelquefois une lueur phosphorescente. Cette lueur, bien réelle et bien visible, a donné lieu à une foule de prétendues apparitions. J'en ai vu une du plus bel aspect, et le paysan qui m'accompagnait me raconta l'histoire suivante:
«Un bon curé, qui n'avait crainte d'aucune chose, passait souvent, le soir, dans les bois, en revenant d'une paroisse voisine où il allait souper et faire la partie de cartes avec un confrère.