Il voyait toujours, au même endroit, une lueur blanche à laquelle il ne donnait pas grande attention, bien que son cheval fit, chaque fois, un petit écart et dressât les oreilles comme s'il eût vu ou senti quelque chose d'extraordinaire.

Un soir que la lueur lui parut plus vive que de coutume et que son cheval se montra plus inquiet, le curé résolut d'en avoir le cœur net et voulut entrer sous bois du côté où la clarté paraissait; mais son cheval s'en défendit si bien, qu'il y renonça et résolut d'aller voir, au jour, s'il y avait par là quelque charbonnière mal couverte qui menaçât de mettre le feu à la futaie.

Il y alla donc le lendemain matin, et ne trouva, à plus d'un quart de lieue à la ronde, aucune charbonnière allumée ou éteinte, aucune hutte, aucune trace de feu ni cause de lumière. Il n'y songea plus.

Mais une semaine plus tard, repassant là sur le minuit, il vit un grand rond de feu blanc qui flambait en travers de son chemin, et son cheval se cabra et refusa tout-à-fait d'avancer.

Le curé mit pied à terre, prit sa bête par la bride et avança résolument jusqu'au milieu du feu qui, non-seulement ne le brûla pas, mais ne lui fit sentir aucune chaleur.

Il en fut si étonné que, parvenu au milieu du cercle, il ne put s'empêcher d'en rire et de s'écrier: «Ah! par tous les diables, voici la première fois de ma vie que je rencontre du feu froid.»

Ce bon curé, ayant autrefois servi dans les armées, avait la mauvaise habitude de mêler quelques jurons à ses paroles, mais sans aucunement penser à mal.

Il n'eut pas plutôt lâché cette imprudente réflexion, qu'il entendit une voix sifflante comme la graisse qui grésille dans une poêle, et cette voix, qui semblait venir de dessous terre, disait: «Si tu veux du feu chaud, on t'en donnera

A ce coup, le curé sentit la peur lui courir dans les cheveux; mais il ne perdit pas la tête et répondit fort à propos: «Merci, mon camarade d'en bas, je n'ai besoin de rien.»

Le feu cessa tout-à-coup et la voix parut se renfoncer sous terre en murmurant: «Poltron de curé, va te coucher, va, poltron de curé!»