—Si je te connais, femme! s’écria le prêtre avec égarement; si je te connais! Mensonge, désespoir, perdition!»
Lélia ne lui répondit que par un éclat de rire.
«Voyons, dit-elle en l’attirant vers elle de sa main froide et bleuâtre, approche, prêtre, et parle-moi de Dieu. Tu sais pourquoi l’on t’a fait venir ici: c’est une âme qui va quitter la terre, et qu’il faut envoyer au ciel. N’en as-tu pas la puissance?»
Le prêtre garda le silence et resta terrifié.
«Allons, Magnus, dit-elle avec une triste ironie et tournant vers lui son visage pâle déjà couvert des ombres de la mort, remplis la mission que l’Église t’a confiée, sauve-moi, ne perds pas de temps; je vais mourir!
—Lélia, répondit le prêtre, je ne peux pas vous sauver, vous le savez bien; votre puissance est supérieure à la mienne.
—Qu’est-ce que cela signifie? dit Lélia se dressant sur sa couche. Suis-je déjà dans le pays des rêves? Ne suis-je plus de l’espèce humaine qui rampe, qui prie et qui meurt? Le spectre effaré que voilà n’est-il pas un homme, un prêtre? Votre raison est-elle troublée, Magnus? Vous êtes là vivant et debout, et moi j’expire. Pourtant vos idées se troublent et votre âme faiblit, tandis que la mienne appelle avec calme la force de s’exhaler. Allons, homme de peu de foi, invoquez Dieu pour votre sœur mourante, et laissez aux enfants ces peurs superstitieuses qui devraient vous faire pitié. En vérité, qui êtes-vous tous? Voici Trenmor étonné; voici Sténio, le jeune poëte, qui regarde mes pieds et qui croit y apercevoir des griffes, et voilà un prêtre qui refuse de m’absoudre et de m’ensevelir! Suis-je déjà morte? Est-ce un songe que je fais?
—Non, Lélia, dit enfin le prêtre d’une voix triste et solennelle, je ne vous prends pas pour un démon; je ne crois pas au démon, vous le savez bien.
—Ah! ah! dit-elle en se tournant vers Sténio, entendez le prêtre: il n’y a rien de moins poétique que la perfection humaine. Soit, mon père, renions Satan, condamnons-le au néant. Je ne tiens pas à son alliance, quoique l’air satanique soit assez de mode, et qu’il ait inspiré à Sténio de fort beaux vers en mon honneur. Si le diable n’existe pas, me voici fort en paix sur mon avenir: je puis quitter la vie à cette heure, je ne tomberai pas dans l’enfer. Mais où irai-je, dites-moi? Où vous plaît-il de m’envoyer, mon père? au ciel, dites?
—Au ciel! s’écria Magnus. Vous au ciel! Est-ce votre bouche qui a prononcé ce mot?