«Oh! s’écria-t-il avec transport, tu pleures! Tu vis donc enfin?»

Lélia passa ses doigts dans les cheveux parfumés de Sténio, et, attirant sa tête sur son sein, elle la couvrit de baisers. Rarement il lui était arrivé d’effleurer ce beau front de ses lèvres. Une caresse de Lélia était un don du ciel aussi rare qu’une fleur oubliée par l’hiver, et qu’on trouve épanouie sur la neige. Aussi cette brusque et brûlante effusion faillit coûter la vie à l’enfant qui avait reçu des lèvres froides de Lélia le premier baiser de l’amour. Il devint pâle, son cœur cessa de battre; près de mourir, il la repoussa de toute sa force, car il n’avait jamais tant craint la mort qu’en cet instant où la vie se révélait à lui.

Il avait besoin de parler pour échapper à cet excès de bonheur qui était douloureux comme la fièvre.

«Oh!, dis-moi, s’écria-t-il en s’échappant de ses bras, dis-moi que tu m’aimes enfin!

—Ne te l’ai-je pas dit déjà? lui répondit-elle avec un regard et un sourire que Murillo eût donnés à la Vierge emportée aux cieux par les anges.

—Non, tu ne me l’as pas dit, répondit-il; tu m’as dit, un jour où tu allais mourir, que tu voulais aimer. Cela voulait dire qu’au moment de perdre la vie tu regrettais de n’avoir pas vécu.

—Vous croyez donc cela, Sténio? dit-elle avec un ton de coquetterie moqueuse.

—Je ne crois rien, mais je cherche à vous deviner. O Lélia! vous m’avez promis d’essayer d’aimer; c’est là tout ce que vous m’avez promis.

—Sans doute, dit Lélia froidement, je n’ai pas promis de réussir.

—Mais espères-tu que tu pourras m’aimer enfin? lui dit-il d’une voix triste et douce qui remua toute l’âme de Lélia.»