Le vicomte ne répondit pas à cette espèce de provocation, et le marquis se hâta de détourner la conversation.
—Mais pourquoi, diable! ne joues-tu pas? dit-il à Leoni.
—Ventre-Dieu! je joue tous les jours pour vous obliger, moi qui déteste le jeu; vous me rendrez stupide avec vos cartes et vos dés, et vos poches qui sont comme le tonneau des Danaïdes, et vos mains insatiables. Vous n'êtes que des sots, vous tous. Quand vous avez fait un coup, au lieu de vous reposer et de jouir de la vie en voluptueux, vous vous agitez jusqu'à ce que vous ayez gâté la chance.
—La chance, la chance! dit le marquis, on sait ce que c'est que la chance.
—Grand merci! dit Leoni, je ne veux plus le savoir; j'ai été trop bien étrillé à Paris. Quand je pense qu'il y a un homme, que Dieu veuille bien dans sa miséricorde donner à tous les diables!...
—Eh bien! dit le vicomte.
—Un homme, dit le marquis, dont il faudra que nous nous débarrassions à tout prix si nous voulons retrouver la liberté sur la terre. Mais patience, nous sommes deux contre lui.
—Sois tranquille, dit Leoni, je n'ai pas tellement oublié la vieille coutume du pays, que je ne sache purger notre route de celui qui me gênera. Sans mon diable d'amour qui me tenait à la cervelle, j'avais beau jeu en Belgique.
—Toi? dit le marquis, tu n'as jamais opéré dans ce genre-là, et tu n'en auras jamais le courage.
—Le courage? s'écria Leoni en se levant à demi avec des yeux étincelants.