—Pas d'extravagances, reprit le marquis avec cet effroyable sang-froid qu'ils avaient tous. Entendons-nous: tu as du courage pour tuer un ours ou un sanglier; mais pour tuer un homme, tu as trop d'idées sentimentales et philosophiques dans la tête.
—Cela se peut, répondit Leoni en se rasseyant, cependant je ne sais pas.
—Tu ne veux donc pas jouer à Palerme? dit le vicomte.
—Au diable le jeu! Si je pouvais me passionner pour quelque chose, pour la chasse, pour un cheval, pour une Calabraise olivâtre, j'irais l'été prochain m'enfermer dans les Abruzzes et passer encore quelques mois à vous oublier tous.
—Repassionne-toi pour Juliette, dit le vicomte avec ironie.
—Je ne me repassionnerai pas pour Juliette, répondit Leoni avec colère; mais je te donnerai un soufflet si tu prononces encore son nom.
—Il faut lui faire boire du thé, dit le vicomte; il est ivre-mort.
—Allons, Leoni, s'écria le marquis en lui serrant le bras, tu nous traites horriblement ce soir; qu'as-tu donc? ne sommes-nous plus tes amis? doutes-tu de nous? parle.
—Non, je ne doute pas de vous, dit Leoni, vous m'avez rendu autant que je vous ai pris. Je sais ce que vous valez tous; le bien et le mal, je juge, tout cela sans préjugé et sans prévention.
—Ah! il ferait beau voir! dit le vicomte entre ses dents.