—Mon père mort! dis-je en joignant mes faibles mains, ma mère vieille et triste! Et ma tante?

—Votre tante essaie de consoler votre mère en lui prouvant que vous ne méritez pas ses regrets; mais votre mère ne l'écoute pas, et chaque jour elle se flétrit dans l'isolement et l'ennui. Et vous, Madame?

Henryet prononça ces derniers mots d'un ton froid, où perçait cependant la compassion sous le mépris.

—Et moi, je me meurs, vous le voyez.

Il me prit la main, et des larmes lui vinrent aux yeux.

—Pauvre fille! me dit-il, ce n'est pas ma faute. J'ai fait ce que j'ai pu pour vous empêcher de tomber dans ce précipice, mais vous l'avez voulu.

—Ne parlez pas de cela, lui dis-je, il m'est impossible d'en causer avec vous. Dites-moi si ma mère m'a fait chercher après ma fuite?

—Votre mère vous a cherchée, mais pas assez. Pauvre femme! elle était consternée, elle a manqué de présence d'esprit. Il n'y a pas de vigueur, Juliette, dans le sang dont vous êtes formée.

—Ah! c'est vrai, lui dis-je nonchalamment. Nous étions tous indolents et pacifiques dans ma famille. Ma mère a-t-elle espéré que je reviendrais?

—Elle l'a espéré follement et puérilement. Elle vous attend encore, et vous espérera jusqu'à son dernier soupir.