Je me mis à sangloter. Henryet me laissa pleurer sans dire un mot. Je crois qu'il pleurait aussi. J'essuyai mes yeux pour lui demander si ma mère avait été bien affligée de mon déshonneur, si elle avait rougi de moi, si elle osait encore prononcer mon nom.
—Elle l'a sans cesse à la bouche, dit Henryet. Elle conte sa douleur à tout le monde; à présent on est blasé sur cette histoire, et on sourit quand votre mère commence à pleurer, ou bien on l'évite en disant: Voila encore madame Ruyter qui va nous raconter l'enlèvement de sa fille!
J'écoutai cela sans dépit, et, levant les yeux sur lui, je lui dis:
—Et vous, Henryet, me méprisez-vous?
—Je ne vous aime ni ne vous estime plus, me répondit-il; mais je vous plains et je suis à votre service. Ma bourse est à votre disposition. Voulez-vous que j'écrive à votre mère? Voulez-vous que je vous reconduise auprès d'elle? Parlez, et ne craignez pas d'abuser de moi. Je n'agis pas par amitié, mais par devoir. Vous ne savez pas, Juliette, combien la vie s'adoucit pour ceux qui se font des lois et qui les observent.
Je ne répondis rien.
—Voulez-vous donc rester ici seule et abandonnée? Combien y a-t-il de temps que votre mari vous a quittée?
—Il ne m'a point quittée, répondis-je; nous vivons ensemble; il s'oppose à mon départ que je projette depuis longtemps, mais auquel je n'ai plus la force de penser.
Je retombai dans le silence; il me donna le bras jusque chez moi. Je ne m'en aperçus qu'en arrivant. Je croyais être appuyée sur le bras de Leoni, et je travaillais à concentrer mes peines et à ne rien dire.
—Voulez-vous que je revienne demain savoir vos intentions? me dit-il en me laissant sur le seuil.