Il se consola pourtant en songeant qu'elle faisait apparemment peu de cas du premier, puisqu'elle lui en avait sacrifié le gage; mais il n'en restait pas moins quelque chose d'incompréhensible dans cette circonstance, et le bon marquis n'était pas encore assez fou pour ne pas appréhender d'être l'objet de quelque «bernerie.»
Et puis ce que l'enfant avait dit compliquait l'embarras de son esprit, et il ne savait plus quelle intrigue de la destinée ou quelle mystification environnait ce poignard.
Il eut envie d'aller s'en expliquer tout de suite avec son hôte; mais il se souvint que Lauriane lui avait commandé de cacher son gage et de ne le laisser voir à personne.
Adamas vit le souci sur le front de son maître et s'en émut.
—Qu'y a-t-il, monsieur, lui dit-il, et que peut faire votre pauvre Adamas pour vous tirer d'intrigue?
—Je ne sais, mon ami. Je voudrais deviner comment il se fait que la Morisque ait une arme comme celle-ci, portant même devise et mêmes chiffres.
Puis, baissant la voix pour que Mario ne l'entendit point:
—Tu m'avais dit, et il m'avait semblé que cette femme était fort honnête. Pourtant elle aurait dérobé cet objet à notre hôte? C'est chose que je ne puis souffrir, qu'il soit larronné en ma maison.
Adamas partagea aussitôt les soupçons de son maître, d'autant plus que Mario, sentant qu'il avait parlé à l'étourdie, se glissait hors de la chambre, sur la pointe du pied, pour se dérober à de nouvelles questions. Adamas le retint.
—Vous nous faites des contes, mon bel ami, lui dit-il, et, par là, vous méritez de perdre les bonnes grâces de mon seigneur et maître. Il n'est point vrai que votre Mercédès ait la chose que vous dites, ou bien...