—De la musique.

—Après?... Ah! ah! tu ne veux pas parler? C'est bon. Adieu!

—Et tu ne me diras pas où est Pilar?

—Elle est morte, répondit brutalement le bohémien, qui s'éloigna en sifflant.

Mario le rappela en vain. Quand il ne l'entendit plus il se mit à courir et à jouer dans le labyrinthe, essayant de se persuader que La Flèche s'était moqué de lui. Mais l'idée de la mort de sa petite compagne se dressait affreuse dans sa vive imagination.

—Elle disait que La Flèche la battait, pensa-t-il; mais je ne le croyais pas. Il ne la battait pas devant nous. Mais peut être qu'elle ne mentait pas; peut-être qu'en la battant, il l'a tuée.

Et, en songeant ainsi, l'enfant versa quelques larmes. Pilar n'était pas une créature bien aimable; mais il y avait déjà du Bois-Doré chez le bon Mario; il était particulièrement sensible à la pitié, et, d'ailleurs, l'abbé Anjorrant l'avait élevé dans l'horreur de la violence et de la cruauté. Mais il cacha ses pleurs, craignant de faire de la peine à son oncle, qu'il aimait déjà passionnément.

D'Alvimar sortit enfin de sa chambre.

Le repos qu'il avait pris, un beau soleil couchant, la joyeuse chanson des grives, chassèrent les noirs pressentiments dont il était assiégé depuis quelques jours.

Habillé et parfumé, il se rendit auprès du marquis et le remercia de l'intérêt qu'il lui avait montré et des soins dont il avait été l'objet. Bois-Doré ne pouvait se résoudre à accuser intérieurement cet homme encore si jeune, d'un maintien si distingué et d'une physionomie dont l'habituelle mélancolie lui semblait véritablement intéressante; mais, quand ils furent à table pour le souper, Lucilio étant là, comme de coutume, pour faire de la musique, Bois-Doré se rappela ce qui était convenu entre eux, et résuma ce qu'il appelait ses engins de siége, pour livrer un assaut formidable à la conscience de son hôte.