—Je ne vous laisserai point dans des embarras pour mon compte, répondit Bois-Doré. Mes gens vont le porter au couvent des carmes de La Châtre, lesquels lui donneront la sépulture comme ils l'entendront. Je ne prétends cacher à personne l'action que j'ai faite, d'autant qu'il me reste à punir l'autre assassin. Mais je ne saurais faire de sang-froid cette laide besogne, et je compte le livrer au lieutenant de la prévôté, pour que son châtiment soit exemplaire. Adamas, tu vas le conduire. Mais où donc est mon fidèle Adamas?

—Hélas! monsieur, répondit Adamas d'une voix caverneuse, je suis là, à vos genoux, et bien malade de cette affaire. Un instant j'ai cru que vous étiez mort, et je crois que j'ai été mort moi-même pendant un bon quart d'heure. Ne m'envoyez nulle part; je n'ai plus de jambes, et j'ai comme une roue de moulin dans la tête.

—Or donc, mon pauvre ami, si tu n'es plus bon à rien, nous enverrons quelque autre. Je te l'avais bien dit que tu n'étais plus d'âge à supporter les émotions!

Le marquis retourna vers les chevaux, tandis que ses gens et ceux de Guillaume enlevaient le cadavre et le roulaient dans un manteau; mais, lorsqu'on chercha le prisonnier, ce fut en vain.

On n'avait pas eu la précaution de lui lier les jambes. Profitant d'un moment de trouble et de confusion, où les valets, inquiets de l'issue du combat, avaient abandonné las chevaux à deux d'entre eux qui avaient eu beaucoup de peine à les contenir, il avait pris la fuite, ou plutôt il s'était glissé et caché quelque part dans le ravin.

—Soyez tranquille, monsieur le marquis, dit Aristandre à Bois-Doré. Un homme qui a les mains liées ne peut ni courir bien vite ni se cacher bien adroitement; je vous réponds de le rattraper. Je m'en charge. Rentrez chez vous et vous reposez; vous l'avez bien gagné!

—Non pas, dit le marquis; il me faut revoir cet assassin. Que deux de vous le cherchent, tandis qu'avec les deux autres j'accompagnerai M. d'Ars au couvent des carmes.

On coucha d'Alvimar en travers de son cheval, et les domestiques de Guillaume aidèrent ceux de Bois-Doré à le transporter.

Bois-Doré prit les devants avec Guillaume pour aller faire ouvrir les portes de la ville, en cas de besoin; car il était près de dix heures.

Chemin faisant, Bois-Doré donna à son jeune parent des détails si précis sur la mort de son frère, sur la recouvrance de son neveu, sur la circonstance du couteau catalan, sur l'aveu que la colère avait arraché au coupable, enfin sur la circonstance de la bague ouverte, que Guillaume ne put persister à défendre l'honneur de son ami.