Guillaume prit la parole.
—Mon cousin, dit-il, Adamas a raison. Les lois contre le duel ne sont respectées de personne; mais des gens mal intentionnés les peuvent toujours invoquer. Ce d'Alvimar avait quelques amis puissants à Paris; et de méchants rapports peuvent, en un temps ou en l'autre, faire tourner ceci contre vous et contre moi, contre vous surtout, qui ne passez point pour un bien franc catholique. Croyez-m'en donc, n'entrons point en la ville et avisons à nous débarrasser de ce mort. Vous êtes sûr de vos gens, et je réponds des miens. N'ayons point de confidents parmi des gens d'Église et des bourgeois de petite ville, toutes langues bien mauvaises, en ce pays, contre ceux qui ont combattu la Ligue et servi le feu roi.
—Il y a du vrai dans ce que vous dites, répondit Bois-Doré; mais il me répugne de mettre une pierre au cou d'un mort et de le jeter à la rivière comme un chien.
—Eh! si, monsieur, dit Adamas; cet homme-là ne valait pas tant!
—Il est vrai, mon ami: je pensais ainsi il y a une heure; mais je n'ai plus de haine contre un cadavre!
—Eh bien, monsieur, dit Adamas, il m'est venu une idée qui arrange tout pour le mieux: si nous rebroussons chemin, nous trouverons, à cent pas d'ici, le long du pré Chambon, la maison de la jardinière.
—Qui? Marie la Caille-bottée?
—Elle est fort dévouée à monsieur, et l'on dit qu'elle n'a pas toujours été laide et grêlée.
—Allons, allons, Adamas, ce n'est pas l'heure de plaisanter!
—Je ne plaisante pas, monsieur, et je dis que cette vieille fille gardera bien le secret.