—Et tu lui veux donner l'embarras de recevoir un mort? Elle en mourra de peur!

—Non, monsieur, vu qu'elle n'est point seule en sa petite maison écartée. Je jurerais que nous y trouverons un bon carme, lequel enterrera très-chrétiennement M. l'Espagnol dans quelque fossé du clos de la jardinière.

—Vous êtes trop Huguenot, Adamas, dit M. d'Ars. Les carmes ne sont pas aussi débauchés que vous le dites.

—Je ne dis point de mal d'eux, messire; je parle d'un seul que je connais, et qui n'a du moine que l'habit et les patenôtres. C'est Jean le Clope, qui a servi M. le marquis à la guerre, et que M. le marquis a fait entrer au couvent en qualité de frère oblat.

—Eh! par ma foi, l'avis est bon! dit le marquis; Jean le Clope est un homme sûr et qui a vu trop de faces blêmes penchées en terre sur les champs de bataille, pour s'effrayer du soin que nous allons lui confier.

—Alors, hâtons-nous, dit M. d'Ars; car vous savez que mon intendant se meurt, et que je voudrais le voir, s'il en est temps encore.

—Partez, mon cousin, dit le marquis; songez à vos affaires; celles d'ici ne regardent plus que moi!

Ils se serrèrent la main.

Guillaume rejoignit ses gens et prit avec eux la route de son manoir: le marquis et Adamas s'arrêtèrent chez la Caille-bottée, où Jean le Clope était effectivement, et reçut avec effusion son protecteur, qu'il appelait son capitaine.

On sait que le frère oblat était un militaire estropié au service du roi ou du seigneur de la province, et dont le couvent était forcé de prendre soin.