Puis, s'adressant au muet:

—Maître Jovelin, n'est-ce pas une triste chose de penser à changer le doux parler de cet enfant, qui me sonne si mélodieusement dans l'oreille? Tenez, nous le laisserons me dire tu dans le particulier, puisque en sa bouche cette familiarité est celle de l'amour.

—Est-ce qu'il faudra que je te dise vous? reprit Mario étonné.

—Oui, mon enfant, à tout le moins devant le monde. C'est la coutume.

—Ah! oui, comme je disais à M. l'abbé Anjorrant! Mais c'est que je t'aime encore plus que lui...

—Tu m'aimes donc déjà, Mario? J'en suis content! Mais d'où vient? Tu ne me connais pas encore.

—C'est égal, je t'aime.

—Et tu ne sais pas pourquoi?

—Si fait! je t'aime, parce que je t'aime.

—Mon ami, dit le marquis à Lucilio, il n'y a rien de beau et d'aimable comme l'enfance! Elle parle comme les anges se doivent parler entre eux, et ses raisons, qui n'en sont pas, valent mieux que toute la sagesse des vieilles têtes. Vous m'instruirez ce chérubin-là. Vous lui ferez un bel et bon cerveau comme le vôtre; car je ne suis qu'un ignorant, et je veux qu'il en sache plus long que moi. Les temps ne sont plus tant à la guerre civile comme dans ma première jeunesse, et je crois que les gentilshommes doivent se porter vers les lumières de l'esprit. Mais tâchez de lui laisser ces simples gentillesses que la vie des bergers lui a données. En vérité, il me représente au naturel les beaux enfants qui devaient courir, parmi les fleurs, sur les rives enchantées du Lignon aux claires ondes.