Jadis éloquent, le pauvre Lucilio avait eu d'abord bien du dégoût pour la parole écrite, et même encore parfois il souffrait d'être obligé de resserrer en peu de mots sa pensée; mais à quelque chose malheur est toujours bon pour les esprits d'élite. Il lui arriva que la paresse d'écrire longtemps et l'impatience de se révéler le forcèrent et l'habituèrent à se résumer avec une clarté et une énergie transcendantes, et que l'enfant fut nourri des choses, sans détails inutiles et sans redites fatigantes.
Les leçons furent d'une étonnante brièveté, et portèrent avec elles dans ce jeune esprit la certitude, si rare en ce temps-là, et pour cause.
De son côté, Bois-Doré, tout en occupant son fils de puérilités et de fadaises, le conserva pur et bon, grâce à cette mystérieuse insufflation qui d'une bonne nature se communique à une autre, sans y songer et sans le savoir.
Tous les enfants sont portés à réagir contre l'enseignement trop formulé; ils suivent plus volontiers un instinct qui les mène, sans savoir lui-même où il va.
Lorsque, au milieu de ses futiles préoccupations, le marquis était dérangé pour service à rendre ou secours à donner, il n'en témoignait jamais ni dépit ni lassitude. Il se levait, écoutait, questionnait, consolait et agissait.
Naturellement flâneur et débonnaire, il ne s'ennuyait d'aucune plainte et ne s'impatientait contre aucun bavardage de pauvre commère. Ainsi, tout en ayant l'air de consacrer sa vie à des riens, il ne passait guère de moments dans cette vie facile et bénévole sans qu'il fît du plaisir ou du bien à quelqu'un.
Aussi sa journée, toujours commencée avec de beaux projets de travail pour son fils (il appelait travail le soin de la toilette et l'enseignement des belles manières), se passait à ne se décider sur rien, à ne rien entreprendre, et à laisser toutes choses aux sages conclusions d'Adamas et aux aimables caprices de l'enfant.
XXXVIII
Cependant, au bout de quelques semaines, grâce à l'activité d'Adamas et à l'intelligence de la Morisque, on avait réussi à équiper Mario en gentilhomme de qualité, et même le marquis était venu à bout de lui donner quelques notions de manége et d'escrime.
Il y avait, en outre, tous les matins, de plaisantes séances entre le vieillard et l'enfant pour la leçon de grâces.