—Présent, mon capitaine! répondit Jean le Clope en sortant de dessous la table, où il s'était réfugié; je vous prie de me pardonner, mais je ne savais qui approchait de la maison, et l'on fait tant de propos sur mon compte!
—Bien injustes, assurément! dit en souriant le marquis. Mais réponds-moi, mon ami; je ne t'ai pas revu depuis certain événement. Je t'ai fait remettre une petite récompense par Adamas, à qui tu as juré d'avoir exécuté fidèlement mes ordres. Ayant un moment ce soir pour te parler sans témoins, je souhaite savoir de toi quelques détails sur la manière dont tu as fait les choses.
—Quoi, mon capitaine? il n'y a pas deux manières d'enterrer un mort, et j'y ai fait office de chrétien aussi chrétiennement que l'eût fait le prieur de ma communauté.
—Je n'en doute pas, mon camarade; mais as-tu été prudent?
—Mon capitaine doute de moi? s'écria l'invalide avec une sensibilité qui se développait particulièrement en lui après souper.
—Je doute, non pas de ta discrétion, Jean, mais un peu de ton adresse à cacher cette sépulture; car la mort de M. d'Alvimar est aujourd'hui connue de mes ennemis, et pourtant je ne saurais douter de la fidélité de mes gens, non plus que de la tienne.
—Hélas! monsieur le marquis, vos gens n'étaient pas seuls dans le secret, observa judicieusement la Caille-Bottée; ceux de M. d'Ars ont pu parler, et, d'ailleurs, ne cherchiez-vous pas, cette nuit-là, un homme que vous vouliez tenir et qui s'est échappé?
—Il est vrai; c'est celui-là seul que j'accuse. Je ne viens point, mes amis, pour vous faire des reproches, mais pour vous demander où, quand et comment vous avez donné la sépulture à ce cadavre.
—Où? dit Jean le Clope en regardant la Caille-Bottée. C'est en notre jardin, et, si vous voulez voir la place...
—Je n'en suis point curieux. Mais faisait-il nuit grande ou petit jour?