—C'était environ sur les... deux ou trois heures du matin, dit le frère oblat avec un peu d'hésitation, en regardant encore la vieille fille grêlée, qui semblait, de l'œil, lui souffler ses réponses.

—Et vous ne fûtes vus de personne? dit encore Bois-Doré examinant avec attention l'un et l'autre.

Cette question troubla tout à fait le frère oblat, et le marquis surprit de nouveaux regards d'intelligence entre lui et sa compagne.

Il devenait évident pour lui qu'ils craignaient d'avoir été vus, et que, dans la crainte d'être contredits par un témoin digne de foi, ils n'osaient donner des détails sur la manière dont ils avaient rempli les intentions du marquis.

Celui-ci se leva et renouvela la question d'un air d'autorité.

—Hélas! mon bon seigneur, dit la Caille-Bottée en s'agenouillant, pardonnez à ce pauvre estropié de corps et d'esprit, qui a peut-être un peu trop bu ce soir, et ne sait point s'expliquer comme il faut!

—Oui, pardonnez-moi, mon capitaine, ajouta l'invalide, attendri apparemment sur la situation de son propre cerveau, et en s'agenouillant aussi.

—Mes amis, vous m'avez trompé! dit le marquis résolu à les confesser; vous n'avez point enseveli vous-mêmes M. d'Alvimar! Vous avez eu peur, ou scrupule, ou répugnance; vous avez averti M. Poulain...

—Non, monsieur, non! s'écria la Caille-Bottée avec énergie; nous n'aurions jamais fait pareille chose sachant que M. Poulain est contre vous! Puisque vous savez que nous ne vous avons pas obéi, vous devez savoir aussi qu'il n'y a pas de notre faute, et que le diable en personne s'en est mêlé.

—Racontez ce qui est arrivé, reprit le marquis; je veux savoir si vous me direz la vérité.