—Mes amis, dit-il, lorsque nous amenâmes ici ce mort en travers de son cheval, nous vous laissâmes la mallette, sans songer à autre chose qu'à nous débarrasser la vue et nous laver les mains de tout ce qui avait appartenu à notre ennemi. Cependant, nous avisant, le lendemain, qu'il se pouvait trouver dans cette valise des papiers intéressants pour nous, nous vous les fîmes réclamer, et vous répondîtes à Adamas qu'il ne s'y était rien trouvé qu'un habillement de rechange, un peu de linge et aucun papier ou parchemin.
—C'est la vérité, monsieur, répondit la jardinière, et nous pouvons vous montrer la mallette encore pleine, et telle qu'elle nous a été remise. Le voleur ne la vit point sur le pied du lit, où nous l'avions jetée, ou bien il ne voulut pas s'en embarrasser.
Le marquis se la fit apporter, et constata la vérité de l'assertion.
Cependant, en examinant et retournant cet objet, il lui sembla y découvrir une combinaison de poche cachée qui avait échappé aux recherches de ses hôtes, et qu'il fut forcé de découdre pour l'ouvrir.
Là, il trouva quelques papiers qu'il emporta, après avoir dédommagé la jardinière et l'invalide de la perte qu'ils avaient faite, et leur avoir recommandé le silence jusqu'à nouvel ordre.
Il était passé onze heures quand le marquis rentra dans sa grande maison.
Mario ne dormait pas; il jouait aux jonchets avec Lauriane dans le salon, ne voulant pas se coucher sans avoir va rentrer son père.
Lucilio lisait au coin du feu, ne se laissant pas distraire par les rires des enfants, mais se trouvant agréablement bercé dans ses profondes rêveries par cette musique fraîche et charmante, à laquelle son cœur tendre et son oreille mélodique étaient particulièrement sensibles.
Depuis qu'il avait fait le devin en présence de M. le Prince, les enfants l'appelaient M. l'astrologue, et le taquinaient en paroles pour le faire sourire. L'aimable savant souriait tant qu'on voulait, sans se déranger de son travail d'esprit, la bienveillance de son caractère et la douceur de ses instincts demeurant, pour ainsi dire, unies à son corps, et parlant à travers ses beaux yeux italiens, même quand son âme était en voyage dans les sphères célestes.
Adamas, qui malgré son adoration pour son petit comte, s'ennuyait jusqu'à la mélancolie, en l'absence de son divin marquis, errait par l'escalier et le préau, comme une âme en peine, lorsqu'il entendit enfin le trot retentissant de Pimante et de Squilindre, et les plaintes des cailloux du chemin, broyés sous les roues de la monumentale carroche comme des noix sous le pressoir.