De son côté, Bois-Doré irait faire une promenade à Montlevic, et, de là, partirait seul pour le rendez-vous, après avoir dispersé son escorte de la même façon que ses deux amis, afin d'ôter tout soupçon à quiconque observerait ses mouvements.
Toutes les dispositions prises, on pouvait compter mettre sur pied et faire agir avec certitude une centaine d'hommes solides et bien avisés. Pour sa part, Bois-Doré en fournissait à peu près cinquante, tout en laissant une dizaine de bons serviteurs pour la garde de son château et de sa gentille hôtesse Lauriane.
Afin de paraître, aux yeux des espions présumés, étranger à tout projet sur Brilbault, le marquis se fit accompagner au château de Montlevic par Mario, comme pour rendre visite aux jeunes gens ses voisins.
Les d'Orsanne étaient petits-fils d'Antoine d'Orsanne, qui fut lieutenant-général du Berry et calviniste.
Le marquis et Mario passèrent une heure chez eux; après quoi, Bois-Doré chargea Aristandre de reconduire son enfant à Briantes, tandis qu'il remonta à cheval pour s'en aller tout seul à Étalié, qui est un hameau sur la route de La Châtre à Thevet, au faîte d'une hauteur appelée le Terrier.
Comme Mario, intrigué de toutes ces précautions, demandait à le suivre, il lui répondit qu'il allait souper chez Guillaume d'Ars, et qu'il reviendrait de bonne heure.
L'enfant monta son petit cheval en soupirant, car il pressentait quelque aventure, et, à force d'entendre parler les gentilshommes, le gentil paysan des Pyrénées était vite devenu gentilhomme lui-même, dans le sens romanesque et chevaleresque encore attribué à ce titre par le bon marquis.
On sait avec quelle merveilleuse facilité l'enfance se modifie et se transforme selon le milieu où elle se trouve transplantée. Mario rêvait déjà de beaux faits d'armes, de géants à pourfendre et de damoiselles captives à délivrer.
Il essaya d'insister à sa manière, en obéissant sans murmurer, mais en attachant sur le vieillard qui l'adorait ses beaux yeux tendres et persuasifs.
—Point, mon cher comte, lui répondit Bois-Doré, qui comprenait fort bien sa muette prière: je ne puis laisser seule, la nuit, en mon manoir, l'aimable fille qui m'est confiée. Songez qu'elle est votre sœur et votre dame, et que, lorsque je suis forcé de m'absenter, votre place est auprès d'elle, pour la servir, la distraire et la défendre au besoin.