Mario se rendit à cette flatteuse hyperbole, et piquant des deux, il reprit au galop la route de Briantes.
Aristandre le suivait, et devait retourner auprès du marquis aussitôt qu'il aurait ramené l'enfant au manoir.
Comme la veille, la soirée était assez douce pour la saison. Le ciel, tantôt nuageux, tantôt éclairci par des rafales tièdes, était fort sombre au moment où le jeune cavalier et son serviteur s'enfoncèrent dans le ravin et pénétrèrent sous les vieux arbres du hameau.
Comme ils montaient rapidement un de ces petits chemins ondulés et bordés de grandes haies qui servaient de rues entre les trente ou quarante feux dont ce hameau se composait, le cheval de Mario, qui marchait le premier, fit un écart en soufflant avec détresse.
—Qu'est-ce donc? dit l'enfant, qui resta ferme en selle. Un ivrogne endormi en travers du chemin? Relève-le, Aristandre, et le reconduis à sa famille.
—Monsieur le comte, répondit le carrosseux, qui avait mis pied à terre lestement, s'il est ivre, on peut dire qu'il est ivre-mort, car il ne bouge non plus qu'une pierre.
—T'aiderai-je? reprit l'enfant en descendant de cheval.
Et, s'approchant, il chercha à voir la figure de ce vassal, qui ne répondait à aucune des questions d'Aristandre.
—Si c'est un homme de l'endroit, dit celui-ci avec son flegme accoutumé, je n'en sais rien; mais ce que je sais, par ma foi, c'est qu'il est mort ou qu'il n'en vaut guère mieux.
—Mort! s'écria l'enfant; ici, en plein bourg? et sans que personne ait songé à le secourir?