—Répondras-tu, balourd? Es-tu ivre? Réponds, ou je fais feu sur toi!

Moins d'une minute après, le coup partit; mais le pieu était levé, Mario lâchait la chaîne, s'élançait sur le pont, et fuyait sans regarder derrière lui.

Il lui sembla qu'on criait l'alerte sur le moucharabi et qu'une balle sifflait à ses oreilles; il n'entendit pas l'explosion, tant il avait le sang à la tête.

Quand il fut hors de portée, il s'arrêta contre un arbre, se sentant défaillir à la pensée de ce qui se passait entre le pauvre Aristandre et les guetteurs ennemis.

Il entendit de grandes clameurs dans la tour et comme des coups de pic contre la pierre. C'était la pioche d'Aristandre qui faisait le moulinet dans l'obscurité; mais il gardait prudemment le silence afin d'être pris pour un bohémien ivre, et Mario, en cherchant à saisir un éclat de sa voix, au milieu de celles des autres, perdait l'espérance, et, avec l'espérance, le courage de fuir sans lui.

Le pauvre enfant songeait si peu à lui-même, qu'il ne tressaillit même pas en se sentant serrer le bras.

C'était Pilar, qui l'avait devancé à la course, et qui revenait sur ses pas pour le chercher.

—Eh bien, et bien, qu'est-ce que tu fais là? lui dit-elle. Viens donc, pendant qu'ils le tuent! Quand ils auront fini de le tuer, ils courront après nous!

L'effroyable sang-froid de la petite bohémienne fit horreur à Mario. Élevée au milieu des scènes de violence et de carnage, elle ne connaissait presque plus la peur, et ne soupçonnait même pas la pitié!

Mais, par je ne sais quel enchaînement rapide d'idées, Mario pensa à Lauriane, et toute la résolution dont un enfant peut être capable, lui revint au cœur.