Il reprit sa course, et, faisant signe à Pilar de suivre le chemin d'en bas, il se dirigea vers celui qui monte aux plateaux du Chaumois.

Au bout de dix pas, il tomba en heurtant un objet placé en travers du chemin.

C'était le second cadavre qu'Aristandre lui avait montré en arrivant, et qu'ils n'avaient pas eu le temps de regarder.

En se sentant sur ce mort, Mario fut pris d'une sueur froide: c'était peut-être Adamas! Il eut le courage de le toucher, et, après s'être assuré que c'étaient les habits d'un paysan, il se remit à courir.

La vue du ciel pâle au-dessus de la plaine nue lui rendit un peu de respiration; l'obscurité l'étouffait. Il prit à vol d'oiseau; mais une nouvelle terreur l'attendait dans cette plaine.

Une forme pâle et indécise semblait voltiger sur les sillons. Elle venait vers lui. Il chercha à l'éviter; elle le suivait. C'était une bête quelconque lancée après lui. Tous les contes de la veillée des villageois sur la levrette blanche et le lutin qui crie: Robert est mort! lui revinrent à la mémoire.

Mais, tout d'un coup, la bête hennit et se montra d'assez près pour être reconnue. C'était le bon petit cheval de Mario qui l'avait senti de loin, et qui revenait s'offrir à lui.

—Ah! mon pauvre Coquet! s'écria l'enfant en saisissant sa crinière, que tu viens donc à point! et tu me reconnais, pauvre petit, malgré ces habits que tu n'as jamais vus? Tu as donc eu bien peur, pendant cette méchante bataille? Tu t'es sauvé tout de suite avant qu'on eût levé le pont, et tu manges là des chardons secs au lieu de ton avoine? Allons, allons! nous souperons tous deux quand nous aurons le temps!

En babillant ainsi à son cheval, Mario raccommodait ses étriers, un peu endommagés dans les buissons. Puis, s'étant mis en selle, il partit comme un trait.

Nous le laisserons courir et reviendrons à Briantes, où la situation des assiégés nous cause quelque souci.