Seul avec une dizaine des siens, il tenait tête à toute la bande des bohémiens, encore composée d'une trentaine de combattants.
Quatre heures s'étaient écoulées depuis l'évasion de Mario sous la sarrasine, et, depuis ces quatre heures, les bandits n'avaient pas songé seulement à se repaître.
À la première ivresse de leur victoire et à la première satisfaction de leur appétit avait bientôt succédé l'espoir opiniâtre de s'emparer du château. Ils avaient essayé tous les moyens de s'y introduire par surprise. Plusieurs y avaient péri, grâce à la vigilance d'Adamas et d'Aristandre, secondés par la présence d'esprit, les bons conseils et l'activité de Lauriane et de la Morisque. Voyant leurs efforts inutiles, ils avaient mis le feu à la grange, dans l'espérance d'engager les assiégés à faire une sortie pour sauver les bâtiments et les récoltes. Ce ne fut pas sans y dépenser des trésors d'éloquence que le sage Adamas réussit à retenir Aristandre, qui voulait se jeter dans le piége tête baissée. Il avait même fallu que Lauriane employât son autorité, et lui démontrât que, s'il succombait dans son entreprise, tous les malheureux renfermés dans le château, à commencer par elle, étaient perdus sans retour.
Depuis une heure que la grange brûlait, Aristandre, exaspéré, avait épuisé tous les jurements et toutes les imprécations de son vocabulaire. Condamné au repos, il rongeait son frein et maudissait même Adamas et Lauriane, et Mercédès par-dessus le marché, et Clindor, qui prêchait aussi la patience, enfin tous ceux qui l'empêchaient d'agir, lorsque Adamas, grimpé au faîte de la tour-escalier, lui cria de la lanterne:
—Monsieur est là! monsieur est là! Je ne le vois pas; mais il est là, j'en réponds! car on se cogne, et je suis sûr d'avoir reconnu sa voix par-dessus toutes les autres.
—Oui! oui! s'écria Mercédès d'une des fenêtres du préau; Mario est là, car le petit chien Fleurial est comme un fou; il l'a senti. Voyez! Je ne peux pas le tenir!
—Aristandre! s'écria Lauriane, sortez! Sortons tous, il est temps!
Aristandre était déjà sorti. Sans s'inquiéter d'être suivi ou non, il s'élançait aux côtés du marquis et le débarrassait de La Flèche, qui, souple comme un serpent, avait sauté en croupe derrière lui et l'étouffait dans ses bras maigres et nerveux, sans réussir toutefois à le désarçonner.
Aristandre saisit le bohémien par une jambe, au risque d'entraîner le marquis avec lui; il le jeta à terre, le foula sous ses pieds, en ayant bien soin de lui enfoncer les côtes; puis, le laissant là, évanoui ou mort, il se jeta sur les autres.
Les domestiques du château étaient sortis aussi, même Clindor, et même le pauvre petit Fleurial, qui avait échappé aux bras de la Morisque éperdue, et qui se jeta dans les jambes du marquis, bien empêché de s'en apercevoir, puis, enfin, disparut dans le tumulte pour aller chercher Mario.