Mais, dès que toute appréhension fut dissipée, il redevint complétement l'heureux Mario, tour à tour assidu au travail et ardent au plaisir, que Lauriane pouvait encore chérir et caresser saintement sans appréhension du lendemain.
C'était un bienfait de la nature envers l'organisation privilégiée de cet aimable enfant. S'il fût resté sous le coup des violentes commotions qui s'étaient pressées dans cette crise, il n'eût pu vivre qu'égaré ou brisé.
Mais il faut dire aussi que, dans ce temps, les mœurs plus rudes faisaient des natures plus souples, et par là, plus résistantes. On connaissait avec plus d'âpreté, mais d'une manière moins générale et moins soutenue, l'excitation nerveuse à laquelle succombent aujourd'hui tant d'âmes précoces. On ne se faisait pas non plus un si grand besoin de repos et de sécurité.
La sensibilité, plus souvent éveillée par les agitations de la vie extérieure, s'émoussait plus vite, et les vives émotions faisaient place à ce besoin de vivre, n'importe comment, qui sauve l'homme dans les temps de trouble et de malheur.
L'hiver se passa donc dans une douce gaieté au manoir de Briantes.
On travaillait à la charpente des granges incendiées, en attendant que la saison permit le travail des maçons. On avait déblayé le fossé, relevé provisoirement en pierres sèches le pan écroulé du mur d'enceinte; enfin, Adamas avait fini de rétablir la communication souterraine avec la campagne, et l'on avait racheté la paix à venir avec les gens de cour et d'Église de la province, en restituant à certaines chapelles du pays, sous forme de dons volontaires, divers objets précieux. On pria madame la princesse de Condé d'accepter quelques bijoux pour son compte, et Adamas cacha savamment ceux qui, dans sa pensée, devaient parer la future épouse de Mario.
Ce que le marquis avait d'or et d'argent monnayé en réserve passa, en grande partie, à faire réparer ses bâtiments et à racheter du blé pour sa maison et ses vassaux pauvres.
Il y eut aussi à leur procurer le bétail qu'ils avaient perdu; car les beaux messieurs de Bois-Doré ne voulaient point souffrir de misère autour d'eux.
Enfin, le fameux trésor dont on avait tellement exagéré l'importance, et qui avait failli attirer de si grands désastres et de si fâcheuses persécutions, cessa de faire scandale en cessant de faire magasin. Au vu et au su de tout le monde, les portes de la chambre mystérieuse furent et demeurèrent ouvertes.
On essaya bien de s'assurer de M. Poulain en lui offrant une part de la curée; mais il eut l'esprit de refuser; ce n'était d'ailleurs pas de richesse matérielle qu'il était avide, mais de pouvoir et d'influence.