Il voulait, disait-il, non posséder, mais être. C'est pourquoi il insistait pour avoir l'abbaye de Varennes, retraite assez pauvre, située dans un véritable trou de ruisseau et de verdure, sur la petite rivière du Gourdon.

Il la voulait sans plus de terre qu'il ne lui en fallait pour vivre avec deux ou trois religieux de l'ordre. Ce qu'il convoitait, c'était le titre d'abbé et une apparence de retraite qui ne l'enchaînât point aux devoirs journaliers du rectorat.

Il était déjà fort bien guéri, au bout d'un mois, du désir de renoncer au monde, et il caressait le rêve d'avoir seulement du pain et un titre assurés, afin de pouvoir se glisser auprès des grands et mettre la main aux affaires diplomatiques, comme tant d'autres, moins capables et moins patients que lui.

Bois-Doré comprit son genre d'ambition et la satisfit de bonne grâce. Il sentait bien que, tôt ou tard, M. le Prince, grand sécularisateur d'abbayes à son profit, lui reprendrait celle-ci à de mauvaises conditions, et il ne pouvait pas trouver une plus sûre occasion de mettre aux prises l'autocratie princière et les intérêts personnels de M. Poulain.

Celui-ci fut donc mis en possession de l'abbaye moyennant une très-modique redevance, et il partit pour se faire autoriser par l'official à quitter sa cure.

M. Poulain voyait donc se réaliser la première phase de son rêve d'avenir. Ce qu'il avait annoncé à d'Alvimar commençait à arriver.

C'était en exploitant à propos autour de lui la question de dissidence en matière de religion qu'il faisait et devait faire son chemin. D'Alvimar, affamé d'argent et de haine, avait succombé sans profit et sans honneur; M. Poulain, guetteur de crédit et de mouvement, exempt d'autres passions et prompt à sacrifier ses rancunes à ses intérêts, entrait dans la voie par ce qu'il appelait la bonne porte. C'était, du moins, la plus sûre.

On s'était étonné de ne pas voir reparaître la petite Pilar. Le marquis, informé du message important qu'elle avait mené à bien, eût souhaité la récompenser, et Lauriane disait qu'elle eût voulu arracher au mal cette misérable créature. Mais on ne sut point ce qu'elle était devenue: on présuma qu'elle avait été rejoindre les bohémiens échappés à l'affaire de la basse-cour.

Les reîtres prisonniers avaient été transférés à Bourges. On instruisit rapidement leur procès.

Le capitaine Macabre fut condamné à être pendu haut et court, comme bandit, rebelle et traître.